Queyras : La Voix de la vérité

 

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Archives pour la catégorie Autrefois

Chrono du Coin d’Arvieux en queyras en 4 photos

 

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Ci-dessus vers 1880, ci-dessous vers 1900

 

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Ci-dessus vers 1930, ci-dessous vers 1980

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Le Queyras et les filles blondes

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Le Queyras est un pays d’hommes bruns et de femmes brunes (voir histoire du Queyras par ailleurs).

 

Aussi quand le Queyras s’est ouvert au tourisme, des vacancières blondes sont arrivées. Curieux, émerveillés, émoustillés, les jeunes queyrassins avaient du mal à « se tenir tranquilles ».

 

La rareté faisait aussi la difficulté pour atteindre le « but » convoité ! Quelle fierté alors de se promener avec une blonde, quelle jalousie celà engendrait !

 

De nos jours, on n’y prête (presque) plus attention mais souvent dans la mémoire des vieux queyrassins reste  une flamme, une fée blonde, passagère mais regrettée.

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Premières ascensions de la Dent du Ratier à Arvieux en Queyras (nous et lui)

Premières ascensions de la Dent du Ratier (2660 m) à Arvieux dans le Queyras : Partie 1/2

Par un bel après midi du mois d’août, nous quittons tous les quatre nos chalets de Furfande pour une balade au col du même nom (2500m) mais avec une idée en tête : La Dent du Ratier. Sans le dire car çà pourrait se voir sur notre figure.

Arrivés au col, pas d’hésitation : Prendre la crête  à droite pour se rapprocher de cette fameuse dent qui surveille tout le Queyras et prend une partie de la vallée d’Arvieux sous sa protection.

Sous le Nez de Cochon, on a l’impression d’être un peu perdus mais on sait qu’il faut partir à gauche en montant pour rejoindre cette crête en creux.

Oh! surprise derrière c’est un peu herbeux (et même plat non ?) mais il faut monter en face sur la crête. Là franchement je ne sais pas comment on fait car plus tard je m’y suis perdu deux fois. Il ne faut pas monter sur la crête qui porte des dents en biais ni rester trop bas sinon on ne tient pas la hauteur et après on se retrouve dans des falaises.

Passé ce passage en balcon, de l’herbe, et nous voilà tout à coup au pied de la Dent du Ratier, un peu intimidés d’être si près.

Cette tour est presque un tas de cailloux, on ne peut plus reculer maintenant. En s’avançant pour la dépasser et voir la vallée d’Arvieux (splendide panorama), on aperçoit une cheminée qui semble monter vers le sommet.

Hésitations, y aller ou pas, et après là haut ? Mais dans ce cas il y a toujours quelqu’un de plus aventureux, moins hésitant. De toutes façons, on ne va pas repartir si proche du but !

Et c’est parti les uns derrière les autres dans ce frigo à l’air libre ! On se râpe les genoux sur les dalles, on coince nos grosses chaussures dans les fentes, on se tire par les bras, se pousse par dessous et bien-sûr arrive ce qui devait arriver : Le premier disparaît de notre vue et on ne l’entend plus. Puis le second fait de même, le troisième et vite je sors la tête par dessus ce ressaut qui me déséquilibre : Ils sont là-bas, là-haut, loin et proches en même temps. Je comprends qu’ils sont au sommet.  J’arrive à m’extraire de la faille et les rejoins en m’asseyant de loin en loin, beaucoup tremblotant, enivré et un peu pris par le vertige. J’y arrive, j’y suis aussi.

Que c’est beau ! La Chalp si proche, le Queyras si vaste ! Ne pas regarder le vide qui va nous aspirer !

Déjà le signal de la descente et je ne me fait pas prier, cette dent va basculer d’un moment à l’autre sous notre poids, d’ailleurs elle bouge, je le sens.

Dans la faille on perd encore un peu de peau aux genoux et au cuisses, des boutons de chemise, et la casquette qui dévale toute seule. Elle s’arrête, c’est bon signe ! Heureusement qu’on est un peu coincé dans cette faille, mais les jambes tremblent avant d’atteindre l’herbe.

Regroupement général, gros éclat de rire (pour décompresser), fierté d’y être aller, joie nerveuse de réaliser qu’on vient de faire un sacré exploit.

Motus, c’est entre nous, notre première ascension de la Dent du Ratier. Nous faisons maintenant partis du tout petit nombre qui a réussi cette ascension, c’est sûr non ?

Saura-t-on revenir sur nos pas ? Après le passage de la crête dentelée, je ne suis pas encore rassuré, il faut descendre cette pente raide (elle l’était moins à la montée), traverser le pierrier sous le Nez de Cochon.

Le regard vissé sur l’herbe de la crête du col, je me rassure « c’est pas loin, on va y arriver » mais les nerfs vont bientôt me lâcher…Ouf ! l’herbe dans ce replat est un matelas douillet et maternel. Et je ne suis pas le seul à laisser éclater ma peur-joie rétrospective en réalisant la connerie qu’on vient de faire si jamais çà se savait.

Mais la fierté prend le dessus « on est monté sur la Dent de Ratier, tout seuls comme des grands ».

Ah oui au fait, le chef d’équipe a 13 ans et le plus petit (moi) 9 ans.

www.arvieux-izoard.com

Premières ascensions de la Dent du Ratier à Arvieux en Queyras (nous et lui) dans Autrefois

Ci-dessus depuis le hameau Les Maisons le versant est.

Ci-dessous la faille versant nord-ouest à monter :

Ratier CC

 

 

Premières ascension de l’Aiguille du Ratier : Partie 2/2

« Le côté ouest ayant été entièrement tourné, nous nous élevâmes dans les éboulis vers l’arête nord-ouest, notre dernière espérance ; après un examen très attentif, je découvris une cheminée très raide, sorte de fente étroite, enfoncée profondément  et encombrée de rochers. Un ressaut de l’arête me cachait bien les derniers détails de la cheminée qui tournait à gauche près du sommet; mais là seulement devait exister le point vulnérable de l’Aiguille. L’assaut allait être court, car il s’agissait de gravir à peine vingt ou trente mètres.

Gervais s’assit paisiblement hors de la portée d’un écroulement possible ; après avoir mis bas habit, gilet et chapeau, ma corde en sautoir, je m’élevai très-doucement dans la fente verticale, m’accrochant à droite et à gauche à des saillies à peine sensibles, mais assez nombreuses pour qu’il fût possible de les choisir solides. Une fois en sûreté, je lançai ma corde à Gervais, et je ramenai la branche de mélèze ; enfin, après avoir précipité une masse de blocs croulants qui m’arrêtaient et décrit un léger mouvement tournant, je me trouvai seul sur le sommet à 1 h. 35 m., un peu confus et étonné d’une victoire aussi rapide : l’ascension des rochers inaccessibles de la petite vierge m’avait demandé juste quinze minutes.

L’Aiguille se divisait en deux cimes tellement effilées qu’il eût été difficile de s’asseoir deux, tellement amincies qu’il fallait se suspendre à l’arête pour passer de l’une à l’autre. De larges fentes séparaient tous les rochers qui, mal équilibrés et chancelants, partaient au moindre choc. Ces rochers sont calcaires, sans traces de fossiles.

Mon premier soin, en arrivant, avait été de rejeter à Gervais la corde qui me gênait et dont je n’avais nul besoin pour la descente ; puis j’élevai, avec précaution, une petite pyramide qui fut surmontée de la perche et d’une banderole rouge, et reçut une boite de sommet contenant ma carte.

La température était douce : aucun souffle, aucun nuage ne traversait un ciel fin d’automne, d’un bleu limpide, éclairant tous les accidents du paysage jusque dans les profondeurs du sud ».

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Court extrait du récit « homérique » de cette ascension  faite par Paul GUILLEMIN  le 19 octobre 1879 et paru dans « Les coutumes d’Arvieux »  de Paul Guillemin et réédité par Les Editions Transhumances.

 

Fonctionnaire d’Etat, aussi ethnologue à ses heures, Paul Guillemin (1847-1928) fut un pionnier de l’alpinisme en Haut Dauphiné. Il contribua à organiser et former les guides de l’Oisans et à la construction d’un réseau cohérent de refuges de montagne.

Queyras : L’agriculture moderne s’est bâtie dans les années 50

Paul Veyret et Germaine Veyret

La journée de démonstration des techniques modernes de l’agriculture de montagne 

(Arvieux, 16 mai 1954)

In: Revue de géographie alpine. 1954, Tome 42 N°3. pp. 571-576.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1954_num_42_3_1147

 

La paisible vallée d’Arvieux qui vit repliée sur elle-même pendant la fermeture du Col d’Izoard, a été envahie, le 16 mai 1954, par une foule de visiteurs, que l’on a évalué à 2500 personnes, soit plus que la population du Queyras (2278 habitants).

Elle servait de terrain principal aux journées de démonstration des techniques modernes de l’agriculture de montagne, journée organisée par M. Deperraz, Ingénieur en chef, Directeur des Services agricoles, M. Morin, Ingénieur en chef du /Génie rural et M. Meissimily maire d’Arvieux.

Pour comprendre le choix de la région et la portée de la démonstration, il est utile de rappeler les antécédents immédiats.

Les antécédents.

La première initiative en faveur de la rénovation de l’agriculture montagnarde est à porter au compte du Plan de Modernisation et d’Equipement (Plan Monnet). Sa sous-section « Vie rurale en Montagne » provoqua la rédaction de nombreux rapports, en particulier d’un sur le Queyras i, la plus haute vallée habitée des Alpes occidentales, celle dont la modernisation serait par conséquent la plus probante. Ses travaux aboutirent très vite à la conclusion qu’il fallait s’inspirer, en France, des régions alpestres les plus évoluées, en particulier de la Suisse montagnarde; une enquête y fut conduite en 1948 pour rechercher les causes de son avance.

L’idée fondamentale, à savoir que l’agriculture montagnarde pouvait par des progrès techniques s’adapter aux conditions modernes de la productivité, à condition d’être aidée au départ, cette idée s’imposa rapidement et rendit légitimes les tentatives de modernisation.

Dans le Queyras même, la première réalisation fut la création en 1951, grâce à M. Deperraz, du C.E.T.A.L.P.E., c’est-à-dire du Centre d’études techniques agricoles des Alpes, première application aux Alpes de la formule des C.E.T.A. Un C.E.T.A. est constitué par un groupe d’agriculteurs actifs, désireux d’améliorer leur vie, qui collaborent étroitement avec les techniciens de l’agriculture, ingénieurs de la Direction des Services agricoles et du Génie rural, vétérinaires.

Des réunions mensuelles rapprochent praticiens et techniciens; les premiers apportent la connaissance du milieu, les seconds les résultats de la recherche scientifique et technique. Les premiers exposent leurs difficultés, les seconds trouvent les solutions particulières les plus appropriées.

Dès 1951, le C.E.T.A.L.P.E. accomplissait un voyage d’études en Suisse, notamment à travers les Grisons et le Valais, où la sécheresse sévit comme en Queyras.

Un pas considérable fut franchi lorsque, dans le cadre des applications du Plan, le Queyras devint en juillet 1952 une zone témoin, gérée par un Groupement de productivité. Ce statut lui procura de l’argent, sous forme de subventions et surtout de prêts à taux réduit.

Des crédits permirent de poursuivre les enquêtes à l’étranger, en 1952 dans les Alpes autrichiennes, en 1953 dans la vallée d’Aoste.

Les dirigeants ont en effet pensé qu’une documentation aussi large que possible était une condition fondamentale de succès, en même temps qu’elle prouvait aux agriculteurs effectuant les voyages, et par leur témoignage à toute la vallée, que l’agriculture moderne de montagne n’était pas seulement un rêve de techniciens, mais une solide réalité et que ce que d’autres paysans avaient réalisé, ils pouvaient eux aussi l’accomplir.

Ainsi a été développé, dans le Queyras, un climat favorable aux nouveautés, en même temps que ces nouveautés, grâce aux enseignements de l’étranger et aux aménagements des techniciens départementaux, s’adaptaient le mieux possible à ses besoins et à ses moyens.

La journée du 16 mai avait pour but de diffuser l’expérience queyrassine en la présentant à un large public d’agriculteurs, de techniciens et d’administrateurs.

Les démonstrations du 16 mai 1954.

 

Le C.E.T.A.L.P.E. ayant été fondé à Arvieux, sous la présidence du maire Laurent MEISSIMILLY, il était naturel que cette commune devînt le principal théâtre de la démonstration, le matin à la Chalp, l’après-midi au Coin.

L’organisation, fort bien faite, a voulu procurer à ceux qui prenaient la peine de se déplacer, et souvent de fort loin, le maximum d’enseignements.

C’est pourquoi elle a combiné les démonstrations proprement dites avec des expositions (meubles et jouets du Queyras), des présentations (de bétail, d’engrais, de semences) et des conférences en plein air

(lutte contre les criquets, amélioration des alpages, défense contre les maladies du bétail, coopératives). La plupart des démonstrations, expositions et présentations étaient presque permanentes, de sorte que les visiteurs avaient tout le loisir d’observer et de se documenter auprès des démonstrateurs ou des exposants; d’abondantes brochures étaient à leur disposition.

Il s’est donc agi d’une journée d’information, très dense, sur tous les problèmes agricoles de la montagne, avec accent spécial sur la présentation de matériel motorisé, sur la démonstration du purinage par aspersion, sur la construction de téléphériques, sur le labour par treuil, sur l’ensilage.

L’exposition de divers modèles de moto-faucheuses a particulièrement intéressé les montagnards. On connaît le succès extraordinaire de cet engin, capable de travailler sur des pentes très raides (70 %), très maniable et d’un excellent rendement. A la demande des techniciens agricoles, les constructeurs ont mis au point des modèles polyvalents, c’est-à-dire aptes à plusieurs travaux : la fauche (des céréales aussi bien que de l’herbe), le fanage, le ratelage, le transport, le labour normal ou par treuil, le sarclage, l’arrachage des pommes de terre. Le moteur de 8 chevaux d’une telle moto-faucheuse, qui consomme de 1.5 à 2 litres de carburant à l’heure, devient le moteur universel d’un motoculteur parfaitement adapté aux petites exploitations.

La démonstration du purinage par aspersion constituait la principale attraction. Il s’agit d’un très grand progrès dans la fertilisation et dans l’arrosage, deux conditions fondamentales du niveau et de la

régularité des rendements. Le purinage consiste à remplacer l’épandage du fumier par celui d’un mélange liquide, fait de purin et de fumier dilué dans l’eau. L’éloge de cette pratique, généralisée en Suisse et en

Autriche n’est plus à faire car ses effets sont extraordinaires, en particulier sur les prairies. Mais l’aspersion accroît considérablement son efficacité car la pluie artificielle que l’on produit distribue infiniment mieux le fertilisant qu’un système de rigoles.

L’installation se compose d’une fosse avec cuve de mélange où se fait la mixture de fumier, de purin et d’eau, selon les proportions voulues; d’un moteur actionnant un malaxeur et une pompe; de tuyaux, volants, formés

d’éléments métalliques légers, facilement assemblés; d’un jet spécial que l’on appelle canon hydraulique, d’où jaillit une énorme gerbe de gouttelettes et qui tourne lentement, arrosant régulièrement le vaste cercle dont il occupe le centre. La puissance du moteur varie de 4 à 15 chevaux. Avec une pression suffisante, on arrose des parcelles situées à* une hauteur de 40 à 60 m. au-dessus de la fosse, possibilité dont on devine l’intérêt en montagne. Un système italien de la vallée d’Aoste se passe même de moteur, la pression étant fournie par la pesanteur, grâce au captage de l’eau à une certaine hauteur sur le versant, au moyen de tuyaux formant conduite sous pression; l’interposition sur le circuit d’un appareil transformant le fumier en bouillie liquide permet de puriner aussi aisément qu’au départ d’une fosse, le fumier étant seulement transporté au bas de la pente où aboutit l’eau sous pression. La dimension du jet produit par l’installation expérimentale d’Arvieux démontrait la puissance du système, économique entre tous puisqu’il ne consomme pas d’énergie. Un hectare de prairie ainsi régulièrement puriné par aspersion peut fournir quatre coupes annuelles et nourrir quatre vaches.

Le téléphérique de construction simple et peu coûteuse fournit souvent la solution idéale de problèmes de transport qui, autrement, sont extrêmement ardus, voire insolubles. Les Autrichiens en font grand usage, de façon individuelle ou collective selon le cas : transport du fourrage, du lait, du fumier, du bois, etc. Il est particulièrement intéressant dans leurs régions d’habitat dispersé, où la construction, l’entretien et le déneigement des routes- coûteraient beaucoup trop cher.

Il n’est pas rare d’y rencontrer des fermes équipées de deux téléphériques, l’un vers la vallée et l’autre vers l’alpage. On imagine aussi l’économie de temps, de fatigue et d’argent par rapport aux transports à dos d’homme ou à dos de bête.

La journée d’Arvieux nous a fait constater le fonctionnement extrêmement aisé d’un système mis au point par M. Morin, d’après modèles autrichiens; elle comportait d’autre part l’inauguration d’un téléphérique collectif moins parfait, mais entièrement équipé avec des moyens de fortune, donc meilleur marché encore.

Pour la démonstration du labour par treuil, les organisateurs avaient choisi au-dessus du hameau du Coin un champ d’une déclivité surprenante. Les appareils essayés se jouèrent de la difficulté, même une charrue

à siège sur laquelle était assis un conducteur de poids plus que raisonnable. On devine l’avantage de ce labour de bas en haut, qui lutte contre la descente des terres et rend, inutile leur remontée à dos de mulet ou d’homme. Nous avons constaté que les caisses rangées depuis plusieurs mois au bas d’un champ de très forte déclivité, labouré au treuil, n’avaient reçu d’amont aucune parcelle de terre : il semble que ce mode de labour, immédiatement suivi de hersage, soit particulièrement hostile à la formation des rigoles de ruissellement et d’érosion.

L’ensilage d’une partie de la nourriture des animaux — herbe, luzerne, maïs, fourrage, betteraves, vesces, pois — est aussi une., pratique dont les avantages ne sont plus à démontrer car elle augmente singulièrement la production du lait. Elle est à proscrire seulement pour le lait destiné à la fabrication de fromages cuits, tels que Gruyère, Emmental; dans tous les autres cas, le lait ne présente pas le moindre inconvénient. Les avantages de l’ensilage sont variés : conservation aisée de récoltes difficiles à sécher, comme les coupes d’arrière-saison; possibilité de faire des coupes précoces, avant maturation, au moment où l’herbe est de beaucoup la plus nourrissante et de les multiplier; suppression des pertes, de feuilles surtout, qu’entraîne la manipulation des fourrages secs (très important pour la luzerne).

 Le bétail dispose donc l’hiver d’une nourriture de meilleure qualité que le foin sec.

Or la construction de silos-cuves se fait de façon très économique : M. Morin a mis au point des moules métalliques, qui sont prêtés aux cultivateurs; ceux-ci coulent eux-mêmes le béton armé entre les deux parois du moule, économisant le recours aux gens de métier. Nous avons pu voir à Saint-Véran deux de ces silos, qui sont probablement les plus élevés de toutes les Alpes.

Outre ces démonstrations principales, la Journée d’Arvieux a encore prodigué aux agriculteurs, sous une forme concrète, des enseignements variés et fort utiles : sur la lutte contre les diverses maladies du bétail, sur l’agriculture et l’aviculture, sur les clôtures électriques, sur la sélection animale et végétale (présentation de maïs hybrides), sur l’installation et l’assainissement des étables. Une maison de la Chalp proposait, à l’admiration des montagnardes, une installation de gaz propane alimentant cuisinière, chauffe-eau sur l’évier, douche.

Les visiteurs ont donc pu, dans un cadre restreint et en l’espace de quelques heures, être mis au courant de la plupart des techniques dont l’agriculture de montagne a besoin pour survivre.

Or, nous l’avons dit, ils sont venus en grand nombre et il s’agissait avant tout de paysans du département et des départements voisins, c’est-à-dire des intéressés.

L’atmosphère était aussi loin que possible de la manifestation officielle, organisée pour des personnalités que l’on veut éblouir; les personnalités étaient présentes, et leur présence soulignait l’importance de la journée,

mais il s’agissait avant tout de renseigner les cultivateurs de montagne.

Il était facile de constater avec quel intérêt ils suivaient les démonstrations et les explications; durant les essais de labour au treuil, le champ était entièrement occupé par une marée humaine au milieu de laquelle les charrues disparaissaient…

Il nous semble donc que la Journée d’Arvieux a été un grand succès sur le plan technique et sur le plan humain. Il n’est pas nécessaire d’être soi-même un technicien pour comprendre les avantages évidents

des appareils essayés, ou pour constater qu’ils ont été adaptés aux possibilités restreintes d’exploitations petites, morcelées, ayant peu de moyens financiers. Et il suffisait de n’être ni sourd, ni aveugle pour s’apercevoir que les montagnards réagissaient de la façon la plus encourageante, la plus réceptive. On peut être assuré que, grâce aux organisateurs et aux paysans du Queyras qui déjà leur ont fait confiance, un grand pas a été fait dans la voie de la modernisation de l’agriculture montagnarde, donc de sa régénération.

Les conditions du salut.

Nous voudrions, pour terminer, mettre en lumière les enseignements qui se dégagent déjà de l’oeuvre entreprise au Queyras. Deux sont particulièrement frappants : le rôle de la technique et le rôle des hommes.

La technique peut, en montagne, accomplir presque des miracles, et cela s’explique aisément quand on compare les difficultés du milieu naturel et la faiblesse de l’homme réduit à ses seules forces. Plus le combat est dur, mieux il faut être armé. Deux ennemis surtout sont redoutables : la pesanteur, le climat. Tout ce qui facilite les transports et les travaux aratoires épargne aux hommes des fatigues excessives et accroît singulièrement le rendement de leur travail. De leur côté, l’arrosage, l’ensilage, la sélection des semences donnent la possibilité de tourner les contraintes du climat, d’obtenir de bons rendements, d’assurer au bétail une nourriture d’hiver suffisante en quantité et en qualité. Sans le secours de toutes ces techniques, il serait dérisoire de vouloir maintenir à la montagne des populations de cultivateurs.

Car problème technique et problème humain sont aujourd’hui liés de façon serrée, et d’ailleurs complexe. En Suisse et en Autriche, c’est la forte population de la montagne qui a contraint à innover en matière de technique pour accroître les rendements et la productivité.

En France, dans des montagnes fortement dépeuplées, les techniques modernes ne sont pas moins indispensables pour donner confiance à ceux qui restent, pour suppléer au manque de bras par la machine. Chez nos voisins, il s’agit de tirer de toute la montagne la production la plus élevée possible; chez nous, où la pression démographique est moindre, on peut laisser retourner à la forêt les parties les plus ingrates, mais il

faut que sur celles qui seront maintenues en exploitation, celle-ci possède la plus grande efficacité possible.

Dans un cas comme dans l’autre, il faut que le travail des hommes soit payé par des résultats suffisants, qu’il soit productif, donc qu’il dispose des moyens techniques nécessaires. C’est pour l’agriculture montagnarde une question de vie ou de mort.

La Journée du 16 mai montre que cette nécessité est maintenant bien comprise et il faut louer ceux dont les efforts en ont fait un succès : d’une part, à Gap, un noyau de techniciens qui ne se sont pas cantonnés dans la pratique stérile de l’administration routinière, qui sont allés au réel et qui ont trouvé les mesures nécessaires pour le maîtriser; d’autre part, dans le Queyras et surtout à Arvieux, un groupe de montagnards d’esprit ouvert, qui ont pris conscience de leur retard et qui ont décidé de le combler. L’association des uns et des autres représente la formule de progrès la plus efficace, celle qui est largement en honneur dans tous les pays d’agriculture évoluée.

Paul et Germaine Veyret.

La crue de 1957 dans le Queyras

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La crue de 1957  dans le Queyras analysée par Jean Tricart  (en 1958 et en 61 pages).

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1958_num_46_4_1846#

Ci-dessous extrait de la première page en guise de présentation.

Ici on parle de crue de 1957 plutôt que d’inondations de 1957 dans le Queyras, c’est plus technique.

rga_0035-1121_1958_num_46_4_T1_0565_0000 dans Autrefois

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1958_num_46_4_1846#

 

 

 

 

Dans le Queyras, la crue oubliée de 1948

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ACTUALITÉ

LA CRUE DU GUIL, LES 14 ET 15 MAI 1948

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1948_num_36_4_5447#

 

Le Queyras dans La République des Escartons

Le Queyras dans La République des Escartons dans Autrefois carte-escartonLes Escartons du Queyras

I. Histoire  

Des origines à la période romaine

La région alpine transfrontalière des Escartons comprend les territoires de Briançon, du Queyras, les hautes vallées du Chisone et de Susa, Casteldelfino.

Bien que possédant plusieurs sommets dépassant 3000 mètres et caractérisée par des conditions de vie que l’altitude et la durée de l’hiver ont rendu plus difficiles, cette région a connu, dès la période préromaine, des établissements importants de populations de souche celto-ligurienne. La présence de ces villages stables, en même temps que la disponibilité de cols accessibles (notamment Mont Cenis et Montgenèvre) a permis des contacts fréquents entre les populations locales et le reste de l’Europe. Grâce à ces particularités, cette région n’est concernée, pour la première fois, par la « grande » histoire qu’en 218 av. J.-C., lorsque Hannibal franchit les Alpes avec ses troupes, puis lorsque les habitants de ces vallées assistèrent au passage des légions romaines commandées par Jules César en 61 et en 58 av. J.-C. Grâce à l’extension du contrôle des Romains sur les Alpes, le Roi Cottius qui gouvernait ces montagnes fut nommé préfet.

Le Haut Moyen Age

A la chute de l’empire romain d’occident, entraînant la désagrégation des structures administratives, le territoire fut gouverné par plusieurs seigneurs locaux, et marqué par la diffusion du catholicisme qui était menacé par des incursions temporaires des Sarrasins. C’est dans ce contexte difficile que se situe la naissance, dans la Vallée de Susa, de l’Abbaye de la Novalesa, une structure qui, en plusieurs siècles, saura conquérir un rôle de premier plan dans le pouvoir temporel et religieux. Un certain nombre de familles nobles s’affirmèrent au fil des années dans ces vallées : les Comtes d’Albon, les princes du Dauphiné, les dauphins de Vienne et les Comtes de Savoie. A côté de ces dynasties importantes qui surent s’imposer, apparurent les « Escartons ».
Etymologiquement le terme indiquait la répartition en parties égales des taxes dues aux Dauphins ainsi que de toutes les charges et des bénéfices liés à la gestion du territoire.

La « démocratie » des Alpes

Dans le XIVème siècl,e dans les territoires de Briançon, du Queyras, d’Oulx, Pragelato et Casteldelfino, mûrit une nouvelle expérience politique et administrative. Ces nouvelles expériences naissaient de l’exigence manifestée par la population de sauvegarder les intérêts et la sécurité des communautés locales. Leur reconnaissance officielle fut établie le 29 mai 1343 par la signature de la « Grande Charte » entre le Dauphin Umberto II et les représentants des Communautés.
Les transactions passées reconnaissaient, en anticipant de plusieurs siècles les principales lois constitutionnelles du monde moderne, aux habitants des
cinq Escartons, des libertés fondamentales telles que la liberté de circulation dans le territoire, le droit à la propriété privée (y compris pour les femmes), une participation populaire pour l’élection des représentants, la rédaction et l’application de nouvelles lois civiles et pénales, une gestion ciblée du territoire (utilisation des eaux et des forêts), la répartition des impôts. En contrepartie, les communautés locales payaient dans l’ensemble au Dauphin 12.000 florins d’or, en plus d’une rente annuelle de 4000 ducats à verser chaque année le 2 février, jour de la purification de la Vierge.
Chaque année les chefs de famille des différents villages se réunissaient démocratiquement dans un conseil pour choisir et élire leur représentant, le consul, qui dirigeait la communauté en accomplissant les différentes tâches administratives.
Le 31 mars 
1349le Dauphin Umberto II, resté sans héritiers, entrepris la vie monastique et vendit ses propriétés au roi de France Philippe VI de Valois. Depuis lors, le blason du dauphin fut associé au lys de France.

La fin politique des Escartons

La vie désormais séculaire des Escartons fut mise en discussion par la guerre de succession espagnole. En effet, le Duc Vittorio Amedeo II de Savoiesuivit une politique différente et ses troupes s’affrontèrent à celles de Louis XIV. La guerre impliqua le territoire tout entier jusqu’à Turin qui, assiégé par les Français, fut secouru par le Prince Eugenio de Savoie qui commandait les troupes autrichiennes. La guerre réapparut dans les montagnes au mois d’août 1708 lorsque la forteresse française du Mutin de Fenestrelle se rendit en ouvrant la porte à l’invasion de l’armée autrichienne-savoyarde.
En 
1713, grâce au Traité de paix signé à Utrecht, l’unité, l’homogénéité et la coopération séculaire des Escartons furent brisées car Oulx, Pragelato et Casteldelfino furent cédés à Vittorio Amedeo II qui se décora du titre de Roi (de Sicile, transformé dans celui de Roi de Sardaigne en 1720). En fait, suivant le principe de faire coïncider la frontière avec les Alpes et d’éviter ainsi des têtes de pont dangereuses vers la France ou vers la plaine du Po, 32 communautés sur 51 furent assujetties au royaume de la famille de Savoie.
Dans le territoire français les transactions furent régulièrement confirmées par tous les monarques qui se succédèrent sur le trône de France jusqu’à Louis XVI, tandis que sur le versant piémontais.

Les anciens privilèges ne furent confirmés qu’en 1737 par Carlo Emanuele II.
De nouvelles atteintes à l’identité des Escartons furent apportées par 
la Révolution Française qui abolit les anciennes prérogatives (au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité) et ensuite par la Restauration qui confirma la division territorialeL’appartenance à deux Etats différents entraîna, comme conséquence directe, le lent abandon des pratiques utilisées de manière unitaire au cours des siècles précédents, ainsi qu’une lente adaptation aux lois, à la langue et aux usages de l’Etat d’appartenance.
Cette tendance devint inexorable au XXème siècle surtout dans la période d’entre deux guerres, malgré un grand nombre d’échanges dus aux flux de l’émigration saisonnière vers la
France. En particulier, la 
seconde guerre mondiale fut vécue d’une manière dramatique car deux communautés qui se considéraient comme les « sœurs » et les filles d’une seule culture se trouvèrent soudain opposées l’une à l’autre.

Une fenêtre sur l’Europe

La formation de l’Europe unie et l’attention de plus en plus forte aux minorités et aux cultures locales marque l’ouverture d’une nouvelle page de l’histoire des Escartons. Sur la vague de la tendance à réévaluer les us et les traditions fortement enracinées dans le territoire, grâce aux fonds européens prévus à cet effet, plusieurs organismes italiens et français ainsi que plusieurs associations sont en train de travailler ensemble, comme autrefois, pour reconstruire et répandre le patrimoine culturel commun de l’expérience des Escartons.

II. Religion

La dimension culturelle

La Religion et la Société sont deux aspects parallèles et, sous plusieurs aspects, indissociables : il est donc difficile de comprendre l’un sans connaître l’autre. Dans le secteur des Alpes occidentales concerné par la Confédération des Escartons, les multiples événements qui ont eu lieu au fil des siècles, les passages de peuples, les échanges de traditions et de connaissances ont permis la naissance d’une organisation communautaire et de culture matérielle et religieuse particulières et structurées, uniques en deçà et au-delà des Alpes.
Dans le passé, 
les montagnes qui marquent aujourd’hui la frontière entre les Etats ont été non pas des barrières, mais des points de repère et des voies de communication entre les vallées, une charnière qui a permis la rencontre et la liaison entre des gens, des lieux et des parcours culturels et existentiels lointains et différents entre eux. Des architectes, des peintres itinérants, des artisans, des voyageurs, des prédicateurs et des pèlerins ont traversé les Alpes, du Queyras à la Vallée Varaita, du Briançonnais aux Vallées d’Oulx et de Pragelato avec leur bagage de connaissances, en devenant ainsi les témoins et les moyens d’une union entre les peuples et les cultures. Des châteaux, des fortifications, des églises, des abbayes et des chapelles votives parsemées dans les vallées sont des signes importants d’événements significatifs qui ont marqué l’histoire commune, même religieuse, des deux versants des Alpes.

La christianisation

Les origines du Christianisme dans les vallées du Queyras remontent probablement au passage des troupes romaines à la conquête des Gaules tandis qu’aux siècles suivants les marchands et les voyageurs jouèrent le rôle de messagers habiles. Des chrétiens figuraient aussi parmi certains soldats romains. Une grande dévotion est encore réservée aux soldats de la légion Thébaine (Saint Laurent, San Chiaffreddo, S. Magno, Saint Hyppolite…) auxquels sont dédiées des églises, des chapelles et des fresques réalisées sur des piliers votifs.

Selon la tradition la plus répandue, en 286 un contingent de légionnaires provenant de la Thébaïde, en Egypte, fut envoyé dans les vallées alpines pour persécuter les disciples du Christ. Lorsqu’ils connurent le but de leur mission, ces soldats refusèrent d’aller massacrer d’autres hommes et face à leur rébellion l’Empereur Massimiano ordonna leur mise à mort. La foi chrétienne eut quelques difficultés à s’imposer, mais elle n’accomplit jamais l’erreur d’annuler complètement les cultes précédents. Elle remplaça les fêtes sacrées et les dévotions précédentes par des significations innées dans sa culture et créa les conditions permettant d’interpréter graduellement un ancien culte par la morale et les caractères de la nouvelle religion désormais prédominante. Grâce à cela les sociétés pastorales ont pu garder des traditions qui sont inchangées depuis des siècles et ont été transmises jusqu’à nos jours. Les feux de la Saint Jean en sont un exemple : avant de monter vers les pâturages, on fait passer les animaux à travers les cendres des feux allumés la nuit du 24 juin afin de les protéger contre les maladies. La véritable signification de ce rituel est liée au culte pré-chrétien du soleil : l’allumage des feux visait à prolonger la durée du jour même lorsque les journées commençaient à s’abréger après le solstice d’été.
La première date certaine de l’avènement du christianisme dans ces montagnes est le 30 janvier 726 lorsque Abbone, Gouverneur de Susa et de Maurienne, fonda l’Abbaye des Saints Apôtres Pierre et André à Novalesa. De nombreuses donations destinées aux moines et aux pauvres qu’elle aurait assisté parvinrent à la nouvelle abbaye : de la Vallée de Susa au Val Cenischia, du Mont Cenis à la campagne de Grenoble, de Vienne à Lyon, de Briançon à Embrun, de Gap à Sisteron, de Marseille à Toulon. A l’invasion des Sarrasins en 906 correspond le déclin de l’Abbaye de la Novalesa. L’Abbaye fut pillée et détruite et même si elle refleurit ensuite, elle ne retrouva plus son ancienne splendeur.

La prévôture d’Oulx

Après l’expulsion des Sarrasins en l’an 1000 grâce à Arduino il Glabro, la fondation de l’Evêché d’Oulx marqua l’histoire religieuse des Escartons d’Oulx, Pragelato et Briançon pendant plus de sept siècles, jusqu’à la création du Diocèse de Pinerolo (1748), après le traité d’Utrecht (1713) dans l’intention d’éliminer une institution trop liée à la France.
La caractéristique principale de l’évêché d’Oulx est qu’elle ne fut pas fondée pour répondre au vouloir de Seigneurs riches et puissants (comme dans le cas de la Novalesa ou de la Sacra di San Michele) qui conférèrent ensuite des reconnaissances et des donations, mais à partir d’un groupe de prêtres qui s’unirent pour vivre en commun. Ces derniers appartenaient à l’ordre des Chanoines Réguliers du Latran et suivaient la règle de Saint Augustin. Pour cette raison, on choisit le nom de « 
Prevostura » et non pas celui d’Abbaye.
En 1098, Guiberto I évêque de Turin, assujettit à la Prevostura d’Oulx les églises de «Pratogelato… de Uxellis, de Fenestrellis, de Mentullis» qui évidemment existaient déjà.

Les Vaudois

Le XIIème et le XIIIème furent des siècles terribles pour l’Eglise.
Dans un climat d’anticatholicisme fort, on assista, en tant que réaction au luxe et à la corruption du clergé, à la naissance de nombreux mouvements religieux : 
les Albigeois, les Cathares et les Vaudois en France. Le mouvement des « pauvres d’esprit » naquit à Lyon suite à la prédication de Valdo, un riche marchand qui quarante ans avant Saint François redécouvrit l’expérience évangélique de la pauvreté et de la prédication apostolique. Les critiques adressées à l’Eglise institutionnelle par les Vaudois étaient beaucoup plus que des réserves morales, elles contestaient non seulement les richesses du clergé, les compromis avec le pouvoir politique, mais elles niaient le culte et l’intercession des Saints et de Marie, niaient le purgatoire en refusant la gestion de la « grâce » de la part de l’Eglise.

Ce mouvement religieux, répandu dans toutes les régions de l’Europe continentale, fut actif pendant tout le Moyen Age, mais les Alpes frontalières (tant sur le versant français que sur le versant piémontais) constituèrent un territoire particulièrement intéressant parce qu’ici sa présence fut constante du début du XIIIème siècle au XVIème siècle.

La diffusion rapide du mouvement fut probablement liée à l’isolement et à la distance de ces vallées des centres épiscopaux de Turin et Embrun.

Au début, le mouvement vaudois ne fut pas un schisme et vécut en marge de l’Eglise catholique. Il fut considéré comme une hérésie lorsqu’il devint un mouvement de masse.
Les répressions, les procès, les condamnations à partir du XIIème siècle ne réussirent pas à effacer le valdisme de nos vallées : sa force reposait sur son enracinement familial fort et sur sa forte conscience d’identité toujours vivante grâce au travail constant des 
«barba», les prédicateurs.

Le XVIème siècle fut caractérisé par un nouveau mouvement religieux qui eut des conséquences politiques révolutionnaires et qui prit le nom deRéforme protestante, née en Allemagne grâce à Martin Luther, un moine augustinien.
Grâce notamment à 
Calvin les nouvelles idées pénétrèrent en France également où les protestants furent appelés Huguenots et envahirent, sous le règne d’Henri III, le Queyras.

En 1532, par le synode de Chanforan, les Vaudois adhérèrent au Protestantisme et, s’inspirant de l’église calviniste genevoise, s’équipèrent d’une structure organisationnelle appropriée, tout en gardant leur autonomie, et se séparèrent totalement et définitivement de l’Eglise catholique. En 1578 ces calvinistes, dont la présence dans le Queyras était déjà solide, descendirent vers le haut Val Varaita en poussant la population locale à se convertir à la nouvelle foi ou bien à quitter la région de laquelle les curés eux aussi avaient été expulsés.

La Réforme entraîna dans ces vallées les prémices de véritables guerres de religion (conditionnées par les vicissitudes politiques entre la France et les Ducs de la Maison des Savoie) dont les séquelles se répercutèrent non seulement sur la vie religieuse mais aussi sur la vie civile, d’abord par l’Edit de Nantes qui accordait la liberté de culte aux Protestants et ensuite par la révocation de cet Edit (1598- 18 octobre 1685).

Après la révocation de l’édit de Nantes, les protestants des vallées furent obligés de s’enfuir vers l’Europe du Nord ou furent emprisonnés. Hormis lesvallées vaudoises, l’Italie actuelle ne conserve aucune trace de ce mouvement historique. Ceux qui ont échappé aux violentes persécutions se réfugièrent en Suisse et en Allemagne d’où ils seraient retournés en 1689 avec une expédition spectaculaire et courageuse presque légendaire et qui a été baptisée « Glorieuse Rentrée », onze jours de marche sous la direction du pasteur Henri Arnaud. Ce n’est qu’au mois de février 1848, après quelques décennies de recrudescence de l’intolérance par suite de la Restauration, le peuple vaudois obtint du Roi Charles-Albert la reconnaissance des droits civils et la liberté de culte.
Depuis lors, les catholiques et les Vaudois vivent en paix, une paix témoignée par la fête du 17 février : des feux sont allumés dans les vallées pour rappeler les feux allumés la nuit de 1848 pour communiquer aux villages que le décret avait été signé.

L’art sacré

Des siècles de guerres de religion ont effacé, dans les zones les plus touchées, d’importants témoignages d’art religieux. Néanmoins, la profonde religiosité des montagnards a été protégée partout dans l’intimité des familles et elle est visible dans les petits objets et dans les gestes quotidiens qui nous ont été transmis jusqu’à présent. Les objets en bois, des berceaux aux moules pour le pain ou le beurre étaient enrichis de décors sculptés qui attestent un langage symbolique tantôt lié à des cultes païens (la rosace qui symbolise le soleil ou le cœur probablement lié à des anciens rites celtiques…), tantôt lié à de fortes valeurs chrétiennes (la croix, les instruments de la passion, le monogramme de Christ IHS, WM viva Maria…).
Les églises et les chapelles champêtres étaient non seulement des lieux de foi mais aussi des lieux d’agrégation communautaire forte.
Ici les chefs de famille se réunissaient en assemblée pour prendre des décisions importantes telles que la promesse solennelle d’un vœu en période de peste ou des mesures par lesquelles faire face aux calamités naturelles.
Leurs cloches cadençaient non seulement les rythmes des saisons ou des journées, mais annonçaient également des événements heureux ou tristes, les réunions de la communauté ou bien elles battaient le rappel de la population en cas de danger.
Les fêtes et les travaux agricoles étaient rythmés par les jours de l’an consacrés à la commémoration des Saints : le jour de Saint Jean (24 juin) les troupeaux montaient vers les alpages, le jour de Saint Michel (29 Septembre) elles retournaient vers le fond de vallée. L’un des nombreux dictons populaires liés aux rythmes de la nature et de l’agriculture récitait comme suit : 
Peur San Jorgë seumènë toun jorgë, peurSan Mar l i tro tar (semez votre orge avant Saint Georges car le jour de Saint Marc il est déjà trop tard).
Il s’agit de rites simples à ne pas oublier et à mettre en valeur car ils témoignent de la dévotion profonde de petites communautés alpines qui ont subi plusieurs privations sans jamais perdre leur foi.

Source : http://www.escartons.eu/ (Escartons Hommes Libres)

fleche-haut montagne dans Autrefois

Le passé répond de l’avenir, oui mais dans le Queyras ?

Etude. Queyras : les derniers des paysans ?

Source: Localtis Info / Michel Tendil    17 mai 2010

http://www.localtis.info/

Il y a soixante ans, le Queyras était choisi pour être une « zone témoin » agricole. Depuis, le nombre d’exploitations n’a cessé de diminuer. Pourtant, le parc naturel régional et quelques élus veulent encore y croire. A la veille de l’examen de la loi de modernisation agricole au Sénat, retour sur ce territoire des Hautes-Alpes pour cerner les enjeux qui se posent à l’agriculture de montagne.

L’hiver s’étire à Saint-Véran (Hautes-Alpes). A l’approche de la ferme Imbert, tout au bout du village, trois chiens se bousculent sur la neige en aboyant. A quelques pas, on entend ruer dans l’étable. Il est 19 heures, l’heure pour Jean-Pierre Imbert de nourrir ses bêtes, comme le faisaient ses aïeux et des générations de Queyrassins avant lui.

Passé l’embrasure, des vapeurs chaudes vous enveloppent. Le meuglement et les coups de cornes sur la barrière métallique obligent à tendre l’oreille. « Fin juin, les vaches monteront dans les alpages jusqu’à septembre. Tenez, celle-ci commence déjà à perdre ses poils », remarque Jean-Pierre Imbert. Sous les poutres de l’étable, des clarines de toutes tailles parfaitement alignées.

Jean-Pierre Imbert a une vingtaine de vaches, surtout des nourrices. Des races rustiques, assez sveltes pour pouvoir arpenter les versants raides de la montagne : des Salers aux cornes immenses, des Aubrac et des Tarine. En 2009, il s’est regroupé avec d’autres éleveurs pour commercialiser sa viande, exclusivement de la vente directe, aux habitants de la vallée mais pas seulement, on lui passe commande jusqu’à Marseille ! Dans la pièce d’à côté, ce sont les brebis, beaucoup plus nombreuses. S’occuper de toutes ces bêtes est une charge énorme, pourtant Jean-Pierre Imbert, comme tous les paysans de la vallée, a un autre métier : pendant les vacances d’hiver, il est moniteur de ski. « La pluriactivité a sauvé l’agriculture de montagne, certains ont un gîte, d’autres sont moniteurs. » Il fait également visiter sa ferme aux touristes de passage, aux écoles. « C’est très important de maintenir ce lien, les gens de la ville ne savent plus comment on vit, l’autre jour un enfant m’a répondu que le petit de la brebis était le Breton ! », s’amuse-t-il derrière ses épaisses bacchantes grises.

Sous ses allures prospères, la ferme Imbert cache les difficultés de toutes les exploitations de montagne. Et avec son air bravache, l’exploitant a tôt fait de pester contre la bureaucratie, les normes européennes qui imposent deux mètres carrés par brebis… « Ce bâtiment m’a coûté 100.000 euros de mise aux normes », se lamente-t-il. Heureusement, il y a les aides européennes qui représentent 50% de son chiffre d’affaires. « Dans tous les boulots il y a des difficultés, mais le plus dur est de ne pas vivre de notre production et d’être tributaire de gens qui décident pour nous. »

Ils ne sont plus qu’une poignée à Saint-Véran, « la plus haute montagne où il se mange du pain », comme disaient les anciens. Les exploitations disparaissent les unes après les autres. On en compte plus que 3 ici et 49 sur l’ensemble du Queyras, pour 69 exploitants, soit 3% de la population active de ce petit territoire des Hautes-Alpes qui, jusqu’à l’après-guerre, vivait presque exclusivement de sa terre et de l’élevage. Nombreux sont ceux qui ont préféré faire les valises, laissant leurs fermes vides, leurs champs abandonnés. La déprise : c’est le terme que les services du ministère de l’Agriculture utilisent pour parler du recul des terres agricoles. Tous les dix ans, l’équivalent d’un département français disparaît.

Plan Marshall

L’exode ne date pas d’hier. Il a véritablement commencé au siècle dernier. Sur le canton d’Aiguilles, 1.062 exploitations étaient recensées en 1873. Il s’agissait alors d’une agriculture de subsistance. On produisait pour soi. Les seuls achats, c’était pour le café, le sucre… Mais cette vie dure, ponctuée de drames (avalanches, crues…) a conduit de nombreux habitants à quitter la vallée pour chercher des conditions de vie meilleures à l’heure de l’essor industriel. Puis s’est développé un type d’agriculture intermédiaire, laissant un peu de place pour le commerce. Le lait était transformé dans des fruitières à Briançon, Gap, Montdauphin. Les produits pouvaient alors être revendus dans les foires et les marchés du Sud-Est. La taille des exploitations cependant n’avait pas beaucoup changé. Chaque famille disposait de quelques vaches et brebis, d’un peu de terre où faire pousser seigle, pommes de terre, chou, lentilles.

Cette agriculture modeste aura bien du mal à se faire une place dans la logique de l’après-guerre. La campagne française est alors à bout de souffle, le cheptel a été décimé. En 1947, le plan Marshall marque un tournant. Des milliers de tracteurs déferlent d’Amérique par cargos entiers. Fini les années de pénuries, de privations, les paysans doivent nourrir le pays et contribuer ainsi à l’effort de reconstruction. Les paysans se modernisent, ils deviennent « agriculteurs ».

En 1950, le Queyras est choisi pour être une « zone témoin ». L’enjeu : montrer que l’agriculture de haute montagne aussi a un avenir. Le Queyras compte encore 450 exploitations. Avec 1.300 actifs, elle emploie ainsi les trois quarts de la population active. Cette période est marquée par un événement : l’arrivée de la motofaucheuse qui fauchait 7 à 8 fois plus vite que l’homme. En 1955, 200 motofaucheuses sillonnent les champs queyrassins. La réussite semble à portée de main. Mais, coup du sort, en juin 1957, de terribles inondations frappent la vallée, la route du Guil est détruite, toutes les liaisons intérieures sont saccagées. L’agriculture ne se relèvera pas. Dans les années qui suivent, le Queyras perd 20% de ses exploitations et de sa population.

Politique agricole commune

Dans la foulée de cet élan de modernisation est née la politique agricole commune (PAC), en 1962. L’Europe promet le maintien des revenus des agriculteurs et l’autosuffisance grâce à une agriculture productiviste. Cette politique volontariste tend vers l’accroissement des surfaces et des rendements. Elle s’accompagne de nouveaux instruments comme l’aide au départ des paysans les plus âgés. Mais une réforme a beaucoup de mal à passer : le remembrement. Il faut, pense-t-on, en finir avec le morcellement séculaire du pays. Les machines doivent passer coûte que coûte et ont besoin de surfaces plus grandes.

Trop de parcelles, trop de paysans : les petites fermes devront être sacrifiées sur l’autel de la rentabilité. L’attrait des villes accélère l’exode. Dans le Queyras comme ailleurs, les paysans font de la résistance. « Le remembrement, on nous l’a proposé trois fois, il a toujours été refusé par la population », se souvient Pierre Roux, un agriculteur de Fontgillarde, aujourd’hui à la retraite. « Il y a peut-être un attachement excessif des paysans de montagne pour les petites parcelles, il faut reconnaître qu’on n’a pas un esprit toujours très ouvert. Regardez, Arvieux a été remembré, tout le monde y a trouvé son compte. »

Pour s’assurer des parts de marché, la PAC soutient les prix artificiellement. Dans les années 1980, l’Europe ne sait plus quoi faire de ses excédents, elle demande de moins produire ; certaines terres seront mises en jachère. On impose des quotas. Au fil des ans, les prix garantis se sont transformés en aides directes puis en « droits à paiement unique », lors de la dernière réforme de 2006. Dans le même temps, les règles du jeu ont changé, le marché est devenu mondial car il faut « faire jouer les avantages comparatifs », ouvrir les frontières aux importations extérieures.

Un bras de fer se joue d’abord au Gatt, avec l’Uruguay Round, puis à l’OMC entre les pays producteurs très concurrentiels (Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine, Brésil…) et l’Europe. Une lutte inégale pour les petits producteurs de montagne qui font face à des handicaps naturels. Dire que l’agriculture de montagne, et celle du Queyras, est à un tournant n’est pas une vue de l’esprit : actuellement, le directeur général de l’OMC, le Français Pascal Lamy, espère boucler le cycle de Doha. A la demande de l’Amérique du Sud (Brésil et Argentine en tête), les droits de douane pourraient être supprimés, ce qui ouvrirait la porte à des importations massives de viande de bœuf. Malgré les coûts de transport, ces productions vendues à un euro le kilo (bien en-dessous de la moyenne européenne de trois euros) sonneraient le glas des éleveurs queyrassins. A moins que les aides soient maintenues au profit d’une agriculture « durable ». Le bilan de santé de la PAC a permis un recadrage. Mais là encore, rien n’est acquis et les discussions sur la réforme de la PAC après 2013, qui ne font que commencer, s’annoncent âpres.

Nombreux départs en retraite

Le Queyras a été frappé de plein fouet par ces bouleversements. Le nombre d’exploitations a diminué d’un tiers entre 1979 et 1990, le cheptel de 8% et les surfaces exploitées ont régressé de 20%. Commence alors une autre histoire, celle du tourisme qui connaît un vif essor sous l’impulsion de Philippe Lamour, l’un des pères de l’aménagement du territoire. Maire de Ceillac, haut responsable de la Datar, il est aussi l’initiateur du parc naturel régional du Queyras qui verra le jour en 1977. Ce tourisme de « stations villages », la naissance du parc soucieux « d’associer l’indispensable rénovation économique et sociale de la région avec la sauvegarde et la mise en valeur du milieu naturel et humain », permettront le repeuplement rapide du Queyras autour des bourgs… Entre 1968 et 2007, la population passera de 1.882 à 2.546 habitants, seuil autour duquel elle semble s’être stabilisée.

Quelle est la situation aujourd’hui ? Les fermes les plus petites ont disparu, absorbées par d’autres exploitations plus rentables : la surface agricole moyenne a ainsi évolué de 19 ha à 26 ha. Pour le ministère de l’Agriculture, ces exploitations ont atteint une taille professionnelle : 12 vaches laitières ou 22 vaches allaitantes ou 150 brebis. Désormais, les agriculteurs se concentrent sur quelques communes dynamiques : Molines qui regroupe plus de 20% d’entre eux, Château-Ville-Vieille ou Abriès. En revanche, la situation est préoccupante à Ceillac et Arvieux qui connaissent de nombreux départs en retraite sans aucune reprise.

Les trois quarts des fermes restent orientées vers l’élevage (ovins ou bovins). Prés de fauches, alpages : les surfaces exploitées assurent une bonne part de l’alimentation du cheptel. La vallée compte également un abattoir à Guillestre et un atelier de découpe à Meyriès, au-dessus de Ville-Vieille. En revanche, en altitude, les céréales ont quasiment disparu. L’inventaire serait incomplet si l’on omettait de parler des apiculteurs qui, avec plus de 2.000 ruches, et un musée de l’abeille situé à Molines, constituent une particularité du Queyras. Conséquence de la PAC et de la prime aux vaches allaitantes, les vaches laitières ont peu à peu été remplacées par les vaches nourricières. Le lait, fondement de l’agriculture agro-pastorale, a été supplanté par la viande. « Contrairement à la Savoie qui a su très bien communiquer sur son image avec ses vaches et ses fromages, nous, on a fait n’importe quoi, on fait de la tomme, de la raclette, mais il n’existe pas d’identité queyrassine », constate, amer, Jean-Pierre Imbert. Paradoxe : il existe bien trois fromageries artisanales à Arvieux, Montbardon et Château-Ville-Vieille, qui produisent un Bleu du Queyras, de la tomme et du gruyère, mais faute de quantité de lait suffisante (lait de chèvre et de brebis), elles sont obligées de s’approvisionner ailleurs !

Chaque été, les alpages du Queyras, accueillent près de 40.000 brebis, un cinquième sont d’ici, les autres viennent des quatre coins de Provence : Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var, Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes… Les troupeaux se sont nettement agrandis : ils comptent 1.500 têtes en moyenne. L’arrivée du loup en 1997 a induit des modifications dans les pratiques pastorales : regroupement des animaux en parc la nuit, emploi d’aides-bergers et de chiens patous…

« Tout le monde crevait la dalle »

Pierre Roux est l’un des témoins privilégiés de ces bouleversements. Aujourd’hui retraité, il a vendu sa ferme de Fontgillarde, petit hameau perché à 2.000 d’altitude sur la route du col Agnel, il y a quatre ans. Au coin d’un feu crépitant, il égrène les années passées sur un air nostalgique. « Autrefois, il y avait entre 50 et 60 paysans dans chaque village, on se partageait la montagne, chacun avait un bout de terre, il fallait vivre avec. Mais il ne faut pas croire que c’était mieux : tout le monde crevait la dalle, on avait plein de gamins et il n’y avait pas d’allocations familiales. Je me demande parfois comment on a fait pour ne pas mourir de faim. » Pierre Roux se lève, regarde pas la fenêtre le ciel blafard de l’hiver qui n’en finit pas et se plaint de ne pouvoir sortir, lui qui a passé sa vie au grand air. Il se souvient avoir utilisé l’araire jusque dans les années 1960, avant de connaître l’arrivée de la motofaucheuse puis du tracteur dans les années 1970. Lui aussi a connu la « pluriactivité », mais c’était avant l’essor des sports d’hiver. Il est devenu inséminateur.

Lors qu’il n’était pas dans les champs ou à la ferme, il passait son temps sur les routes. « A la fin des années 1970, on arrivait plus à joindre les deux bouts, poursuit-il. Les années 1980 ont apporté un peu d’argent frais : le prix des céréales a baissé, le prix du lait a augmenté grâce aux fromageries, et puis on avait les aides. » A cette époque, Pierre Roux possédait entre 50 et 60 bêtes dont un tiers de laitières. « Aujourd’hui, nous sommes vingt pendant l’hiver, avant on était 40, 50 dont 10 à 15 producteurs de lait, j’ai été le dernier pendant 4 ans. A partir d’un moment, on ne peut plus fermer, sinon il n’y aura plus personne. » Il s’interrompt, ému : « Tout ça me fout la sinistrose en route. »

Pression foncière

La nuit est tombée, quelques flocons tombent sur la route. En descendant dans la vallée, de temps à autre les phares éclairent des banderoles : « Sans école, pas d’avenir. » Autres témoignages d’une lutte permanente contre des décisions lointaines… Bientôt, les prairies exploseront de mille couleurs : fétuque, avoine dorée, renouée bistorte, centaurée, millepertuis… Mais la déprise fait courir de nombreux risques sur cette richesse. « Nous ne sommes pas dans une forêt primaire, ce que nous voyons, c’est un équilibre entre l’homme et la nature, avec des plantes rares, dont certaines sont endémiques, qui datent de la dernière glaciation. Les alpages, les paysages dégagés sont dus à l’activité agricole, s’ils disparaissent c’est la biodiversité qui risque d’être mise à mal », souligne Yves Goïc, le président du parc. On dit souvent des paysans qu’ils sont les « gardiens du paysage », une réalité trop longtemps ignorée. « Nous n’aurions pas les moyens de payer des jardiniers de la nature pour remplir le rôle des agriculteurs », ajoute Yves Goïc.

« Tout le développement économique a été orienté sur le tourisme, mais s’il n’y a plus d’agriculteur, il n’y aura plus de tourisme, renchérit Julie Carlier, chargée de mission Agriculture au parc. Selon elle, le problème majeur tient au foncier. « Il y a peu de foncier constructible, il y a donc une grosse pression du secteur touristique. Aujourd’hui, l’écart de prix entre foncier agricole et constructible est tel que les agriculteurs et porteurs de projets peinent à trouver des terres. » De leur côté, les agriculteurs rechignent parfois à vendre à un jeune étranger à la vallée. La société d’aménagement foncier (Safer) est là pour préempter les terres et préserver leur usage agricole. Seulement, si aucun repreneur ne se présente, la parcelle peut être rendue constructible par révision du PLU (plan local d’urbanisme). Difficile alors à une commune de faibles ressources de résister aux propositions alléchantes de certains promoteurs. Jusqu’ici, le Queyras a résisté à la pression qui ailleurs a causé tant de dégâts. Pour combien de temps encore ?

Depuis des années, les pouvoirs publics tentent d’enrayer le phénomène de la déprise agricole, sans succès. De nouveaux instruments ont été créés – les ZAP (zones agricoles protégées), en 1999 et les Paen (périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains) en 2005 – en vain. Ils n’ont quasiment jamais été utilisés. Le Grenelle de l’environnement est un rendez-vous manqué. Il était question de PLU intercommunaux. Finalement, cette disposition n’aura rien d’obligatoire… Dernier texte en date, la loi de modernisation de l’agriculture (LMA), présentée en Conseil des ministres le 14 janvier, apporte elle aussi son lot de solutions.

« Il devient urgent de mettre en oeuvre une véritable politique de préservation du foncier agricole en France, en se fixant comme objectif de réduire de moitié le rythme de consommation des terres agricoles d’ici 2020″, indique l’exposé des motifs du texte. Le projet de loi crée une « commission départementale de la consommation des espaces agricoles » chargée d’émettre un avis sur le changement de destination des terres agricoles). La LMA, qui sera examinée à partir du 18 mai 2010 au Sénat, prévoit enfin un instrument destiné à lutter contre la spéculation : une taxe additionnelle sur les plus-values de cessions de terres agricoles rendues constructibles. Cette taxe ne s’appliquerait que lorsque les plus-values seraient de plus de 10 fois supérieures au prix initial avec un système de taux progressif (5% pour une plus-value de 10 fois à 30 fois le prix initial et 10% au-delà).

Mais ces mesures rendent sceptiques les responsables de la FNSafer (Fédération nationale des Safer) qui tirent le signal d’alarme et n’hésitent plus à parler d’ « hémorragie ». La taxe additionnelle sur les plus-values « ne fera qu’accroître la spéculation puisque les vendeurs l’intégreront dans leur prix de vente », assure même André Barbarioux, le directeur de la FNSafer.

Produire et manger local

La solution apparaît de plus en plus locale. Les crises à répétition de l’agriculture intensive (vache folle, grippe aviaire, fièvre porcine…), l’usage immodéré de pesticides dans la course aux rendements ont alerté les consommateurs sur les dérives du système mondialisé. « Si l’on observe la crise du lait, on se rend compte que ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui sont engagés dans une démarche AOC. C’est la démonstration grandeur nature que l’engagement du producteur dans un processus de qualité, de labellisation, est l’une des garanties les plus efficaces contre les aléas du marché », analyse Hervé Benoît, chargé de mission Agriculture et forêt à l’Association nationale des élus de montagnes (Anem).

La filière bio, qui en est encore à ses balbutiements, est en plein essor. En France, 3.600 agriculteurs se sont « convertis » l’an dernier. Le Grenelle de l’environnement a fixé des objectifs ambitieux : 6% de surface en bio en 2012, 20% en 2020, 20% de repas bio en restauration collective d’Etat en 2012. Des aides sont prévues, les fameuses « MAE–CAB » (mesures agri-environnementales conversion à l’agriculture biologique). Mais l’agriculteur doit respecter un cahier des charges précis avec des contraintes en matière d’alimentation. Dans le Queyras, beaucoup s’y plient bon gré mal gré, estimant que « le bio sert à se justifier quand on a triché avant ».

D’aucuns ne comprennent pas non plus pourquoi ils devraient payer un label pour prouver qu’ils produisent naturellement… De son côté, le PNR du Queyras a créé sa propre marque et entend promouvoir les circuits courts. Seul parc naturel de haute montagne, il a aussi un rôle d’innovation. Depuis 2002, il conduit un programme de diversification de l’agriculture. L’objectif : apporter un complément de revenus aux agriculteurs traditionnels et favoriser l’installation de jeunes actifs sur de nouvelles « niches ». Ainsi, il expérimente des cultures de céréales anciennes (seigle, blé barbu) pour réhabiliter des semences locales, à partir d’échantillons trouvés dans de vieux fenils et d’autres fournis par l’Inra. La production encore modeste permet d’alimenter les boulangers de la vallée en « farine de pays ». De la même manière a été relancée la culture de la pomme de terre et autres plantes aromatiques (génépi, hysope).

Grâce à ces projets, une nouvelle génération d’agriculteurs a pu s’installer. Béatrice Bellon est de ceux-là. Ses aïeux avaient quitté Ristolas à la fin du XIXe siècle pour s’installer à Aubagne. Après avoir été professeur de violon, elle a décidé de revenir à la terre. Un brevet professionnel d’exploitant agricole spécialisation maraîchage en poche, elle franchit le pas au début des années 2000. Aujourd’hui, on la voit écumer les marchés locaux avec ses pommes de terre (Early rouges, Mona Lisa, Binj, Vitesse, Vitelotte…) et fournit la plupart des restaurants, hôtels et gîtes du coin.

Son exemple a fait des émules et aujourd’hui, ils sont une poignée à en faire de même. « Lorsque je me suis installée, la vallée importait 20 tonnes de pommes de terre, c’est ce que l’on arrive à produire localement aujourd’hui », explique fièrement Béatrice Bellon, qui n’a rien perdu de sa créativité de violoniste. « Les habitants se sont laissés endormir par les anciens, il y a plein de choses à faire ici », estime-t-elle, enthousiaste. Il y a trois ans, elle a racheté une vieille serre à Aiguilles pour se lancer dans l’élevage de volailles. Elle cultive aussi des plantes aromatiques comme l’hysope, le génépi et prépare des tisanes. Seul problème : encore et toujours la question du foncier. « Avec le morcellement, je suis obligée de travailler sur trois communes, Aiguilles, Abriès et Ristolas, c’est une perte de temps inimaginable », déplore-t-elle.

Une nouvelle charte

Alors la commune d’Abriès a trouvé une parade : l’association foncière pastorale (AFP). Cette association permet de mettre dans un pot commun toutes les terres : surfaces cultivées et alpages. C’est la seule AFP des Alpes à procéder de la sorte. Elle les gère ensuite pour le compte des propriétaires, répartit les surfaces et signe les baux avec les agriculteurs. « Cela permet de faire un remembrement sans toucher à la propriété », précise Yves Goïc, qui est également adjoint au maire d’Abriès. Le modèle de l’AFP d’Abriès devrait être étendu à toute la vallée. C’est au prix de tous ces efforts que la tendance aura une chance de s’inverser. « En plus de trente ans, le parc n’a pas réussi à enrayer la déprise. Nous ne sommes pas loin de la disparition de l’agriculture si nous ne faisons rien », insiste Yves Goïc, lui-même apiculteur.

La nouvelle charte du parc qui vient d’être adoptée pour douze ans comporte un large volet sur l’agriculture. Elle place le foncier au premier rang de ses priorités : généraliser les AFP mais aussi intégrer dans chaque PLU une carte communale des espaces agricoles à protéger. « La charte fixe les principes : on ne doit pas prendre un mètre carré de terres agricoles. La pression foncière ou immobilière fait qu’il est toujours très difficile à un maire de résister. C’est un travail de persuasion permanent », martèle Yves Goïc.

En partenariat avec la chambre d’agriculture, le parc du Queyras anime un groupe agriculture durable (GAD). L’un des objectifs est de mettre des fermes à disposition de jeunes agriculteurs qui voudraient s’installer, leur évitant ainsi d’être étranglés par les charges d’amortissement d’emprunt. Il peut s’agir de bâtiments communaux mis en location ou de bâtiments en société d’intérêt collectif. Le parc entend aussi agir sur les revenus des producteurs en favorisant au maximum les circuits courts dans le marché local : habitants, vacanciers, restaurants… « Je pense que nos efforts porteront leurs fruits d’ici deux ou trois ans », estime Yves Goïc, qui entend opérer un virage à 180° avec la politique menée jusqu’ici. « Il faut tout faire pour éviter la spéculation immobilière. Il y a un message très fort à faire passer. Il ne faut plus que les bâtiments puissent être convertis en gîte d’étape. Je suis en rupture avec la conception de Philippe Lamour. Son idée était une erreur fondamentale même s’il a fait de grandes choses par ailleurs. Les fermes ne sont pas seulement là pour faire beau dans le paysage, si on abandonne les bâtiments, il n’y aura plus d’agriculteurs. »

Un peu partout, les remontées mécaniques sont en déficit structurel. A Aiguilles et Ristolas, elles ont carrément été enlevées. Arvieux et Ceillac désinstallent des téléskis pour les remplacer par des télésièges et limiter ainsi l’impact sur le paysage. La tentative de passer par l’opérateur privé Transmontagne a été un échec. « On ne peut pas tout miser sur le ski alpin et le bétonnage. La logique d’extension du ski alpin n’est plus à l’ordre du jour, poursuit Yves Goïc. Même si on a moins de chiffre d’affaires sur le court terme, cela enrichira la vallée plus tard. » Trois ans, c’est le temps que s’est donné Yves Goïc pour inverser la courbe du déclin.

Le Développement de Ceillac et du Queyras sous Philippe LAMOUR de 1965 à 1981

Le Développement de Ceillac et du Queyras sous Philippe LAMOUR de 1965 à 1981 dans Autrefois lamourde-gaulle

COMPTE-RENDU D’ACTIVITÉS DU CONSEIL MUNICIPAL

1981

horw47 dans Autrefois

Selon une coutume désormais établie, la municipalité estime de son devoir, après l’accomplissement de la moitié de son mandat, d’apporter aux électeurs de la commune les informations utiles sur son activité. Elles leur permettront d’avoir une vue complète de l’orientation générale de cette activité et de ses résultats et de pouvoir, par l’intermédiaire des élus, saisir le Conseil Municipal de toutes critiques, observations et suggestions qui leur paraîtront utiles, dans le dessein de permettre un service toujours meilleur des intérêts de là commune et de sa population.

LES PRINCIPES ET LES BUTS

Il apparaît utile, afin d’éclairer ce compte rendu, de se référer au texte des principes énoncés, dès l’origine, pour l’œuvre de rénovation et de développement de la commune, tels qu’ils avaient été définis à l’occasion des élections de 1965.

La mission confiée à la municipalité élue en 1965 était d’assurer le maintien de la vie traditionnelle du village en ajoutant à ses activités agricoles anciennes le bénéfice d’une nouvelle activité touristique.

C’est à cette fin qu’il fut fait notamment appel au concours de Monsieur Philippe Lamour en vue d’un aménagement dont les conditions furent définies par le Conseil Municipal dès ses premières séances et notamment au cours de celle du 1 er mai 1965.

Ces conditions étaient les suivantes

- équiper la commune en vue de son développement sans modifier son caractère ; dans ce but, maintenir et améliorer l’exploitation agricole et l’élevage tout en aménageant le tourisme;

- créer une station de tourisme d’été et d’hiver à la mesure des possibilités naturelles et des besoins de la population ; c’est?à?dire, non pas une station établie et menée de l’extérieur par des éléments étrangers à la commune mais une station de caractère familial, créée avec le concours et au profit de la population locale;

- faire bénéficier cette population des avantages de la nouvelle activité tant en ce qui concerne l’hébergement que le commerce et les emplois, réservés par priorité aux habitants de la commune.

Un tel programme ne peut être réalisé que progressivement.

Si, en effet, la municipalité s’était bornée à faire appel à des concours et à des capitaux extérieurs, l’aménagement de la station n’eut bénéficié qu’à ceux-ci, aux dépens de la population locale. Les terrains eussent été acquis à bas prix, avant la plus-value résultant de leur équipement ainsi que du développement de la station. La population ne serait pas demeurée propriétaire des locaux d’hébergement. Les principaux établissements de commerce auraient été créés par les groupes financiers en complément de leurs investissements immobiliers. Les emplois saisonniers dans les hôtels, les restaurants et les commerces auraient été occupés pendant les quelques semaines de leur exploitation par des salariés venus de l’extérieur.

La municipalité n’a pas voulu qu’une station soit créée à Ceillac au profit des tiers, mais au profit de la population de la commune.

Elle a voulu que les familles du pays soient propriétaires, dans la plus large mesure possible, des locaux d’hébergement mis à la disposition des touristes; et qu’à cette fin elles conservent la maîtrise des terrains et des constructions, soit individuellement, soit au sein d’une association de propriétaires locaux.

Elle a voulu également que les premiers établissements commerciaux soient pris en mains par les familles du pays. C’est bien le cas actuellement pour les hôtels, pour les cafés et bars, pour les boutiques de vente de lainage et d’articles de sports, pour la boulangerie, l’épicerie, la discothèque, etc…

Elle a voulu enfin que les emplois aillent, avant tout, aux enfants du pays, qu’il s’agisse des emplois de moniteurs de ski, de la desserte des engins de remontée mécanique, du personnel des entreprises de construction, de travaux publics, de transport, de la menuiserie, de la plomberie, etc…

La commune et les habitants demeurent maîtres chez eux. Ils administrent eux-mêmes la transformation et le développement de leurs pays et ils en sont les bénéficiaires.

Ces principes n’ont cessé de guider l’action des municipalités qui se sont succédées depuis 1965 sous la présidence du maire. Elles les ont appliquées avec méthode et persévérance, en dépit de difficultés accumulées et de moyens souvent indigents.

Les résultats obtenus et les perspectives d’avenir sont exposés dans leur ensemble aux termes du présent compte-rendu.

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L’action de la municipalité s’inscrit dans un cadre plus vaste qui intéresse l’ensemble de la région du Queyras.

Le Syndicat Intercommunal à Vocation Multiple du Queyras, créé en 1966, groupe les sept communes du canton d’Aiguilles: Abriès, Aiguilles, Arvieux, Château-Ville-Vieille, Molines, Ristolas, Saint-Véran et la commune de Ceillac.

Le Maire de Ceillac en est le président depuis l’origine.

Le Syndicat Intercommunal est très actif. Il gère notamment l’ensemble des engins de remontée mécanique de l’ensemble de la région du Queyras, par l’organe d’une société de service, la Sica-Sports, et c’est sous son égide que se développe la société d’intérêt collectif agricole pour l’hébergement (Sica-Habitat).
Le Parc régional du Queyras, dont le président est également le maire de Ceillac, a été créé en 1977. Il a pour mission de concilier le développement économique de la région du Queyras avec la sauvegarde du milieu naturel et humain. Ses ressources proviennent en partie de l’État et en partie de l’Établissement Public Régional de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

L’Établissement Public Régional apporte un concours financier appréciable aux syndicats intercommunaux du Queyras et de Guillestre, la commune de Ceillac étant adhérente à chacun d’eux.

Il le fait sous la forme de subventions accordées dans le cadre d’un programme local d’action concertée (P.L.A.C.). La commune a bénéficié, en particulier, de ces programmes de subventions pour la reconstruction de la bergerie et du chemin du Bois Noir, l’aménagement de la laiterie et la poursuite du réseau d’irrigation par aspersion.

Les deux syndicats sont également associés au sein d’un Contrat de Pays Régionalisé pour l’exécution de programmes recevant l’aide de l’État, de l’Etablissement Public Régional et du Conseil Général.
L’Association pour la Grande Traversée des Alpes, présidée aussi par Monsieur Philippe Lamour, a balisé un itinéraire principal et des variantes entre le lac Léman et la mer Méditerranée et y a créé un réseau de gîtes d’étapes et de refuges, en complétant le réseau déjà créé par d’autres organismes, notamment le Club Alpin Français et les parcs nationaux de la Vanoise, des Ecrins et du Mercantour.

Neuf de ces gîtes assurent l’hébergement des randonneurs sur l’itinéraire du Tour du Queyras. Celui qui est établi à Ceillac est le, plus important d’entre eux.

L’action conjuguée de ces différents organismes, placés sous l’autorité du même président, permet d’assurer l’exécution et le financement de tâches complémentaires au bénéfice du Syndicat Intercommunal et de la commune.

Le Commissariat pour la rénovation rurale en montagne a largement contribué au financement de ces différentes activités, en ajoutant ses aides à celles provenant des crédits ordinaires de l’État attribués par les administrations traditionnelles, de l’Établissement Public Régional et du Conseil Général.

La municipalité de Ceillac est heureuse d’en remercier tout spécialement les commissaires qui se sont succédés à la direction de cet organisme, Monsieur Paul Rambeaud, Monsieur Roger, et à l’heure actuelle, Monsieur Desgranchamps.

Enfin ces subventions ont été complétées par des emprunts effectués auprès de la Caisse régionale de Crédit Agricole, de la Caisse d’Épargne et de la Caisse des Dépôts et Consignations.

La municipalité se doit de rendre un hommage particulier au concours reçu par la Caisse Régionale de Crédit Agricole, grâce à la confiance qu’ont bien voulu lui faire, dès l’origine, en dépit des difficultés de l’entreprise, son directeur Monsieur Beraud et Mademoiselle de Tarnowski sous-directrice.

I. L’AMÉNAGEMENT TOURISTIQUE

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L’objectif essentiel étant de compléter les ressources en provenance de l’agriculture et de l’élevage, devenues insuffisantes par l’exploitation de l’activité touristique, la municipalité a entrepris de promouvoir la modeste commune de Ceillac en  » station village  » d’hiver et d’été à destination de la fréquentation familiale.

Cet équipement concerne : les équipements sportifs, les équipements d’hébergement.

A. LES ÉQUIPEMENTS SPORTIFS

L’équipement de la station pour la saison d’hiver comprend

1. un réseau composé d’un télésiège et de trois téléskis à partir du hameau du Bas-Mélézet sur le massif des prés Girardin et de Sainte-Anne ;

- un téléski d’une longueur de 400 mètres dans le vallon du Mélézet qui a été récemment allongé au-delà de la route afin d’étendre le champ du domaine skiable ;

- un télésiège entre la vallée du Mélézet et les prés Girardin d’une longueur de 1 300 mètres pour un dénivelé de 369 mètres ;

- un téléski partant des prés Girardin jusqu’aux environs de la chapelle Sainte-Anne,, d’une longueur de 1 800 mètres pour un dénivelé de 401 mètres. Ce téléski sera prochainement doublé afin de permettre l’accueil d’une fréquentation sans cesse croissante ;

- un téléski de desserte de la station du télésiège.

Sur ce premier réseau plusieurs pistes de descente ont été aménagées, dont l’une permet un long et beau parcours en montagne qui depuis l’arrivée du téléski à Sainte?Anne rejoint le fond de la vallée au lieu-dit Chaurionde.
2. Un deuxième réseau est composé :

- d’un téléski situé à proximité immédiate du village comportant une longueur de 250 mètres pour un dénivelé de 25 mètres et spécialement affecté à l’entraînement des enfants;

- d’un télésiège partant du village pour desservir le vallon de Bramousse d’une longueur de 900 mètres pour un dénivelé de 312 m ;

- d’un téléski joignant l’arrivée du télésiège au col de Bramousse d’une longueur de 1 200 mètres pour un dénivelé de 255 mètres.

L’ensemble des engins de remontée mécanique dé la commune de Ceillac totalise actuellement une longueur de plus de 6 kilomètres pour un dénivelé supérieur à 1 552 mètres.

3. Trois pistes de ski de fond sont aménagées dans les vallées du Mélézet et du Cristillan ainsi que dans la plaine de Ceillac.

4. Un restaurant d’altitude accueille les touristes à l’arrivée du télésiège du Mélézet. Un bar sera prochainement établi à l’arrivée du télésiège de Bramousse.

Le financement des équipements en engins de remontée mécanique a été assuré dans les conditions suivantes :

- Réseau du Mélézet

- Coût total: 2 236 366 F
- Subvention : néant
- Prêt de la Caisse des Dépôts et Consignation: 1 986 834 F

- Réseau de Bramousse

- Coût total : 1 273 541 F
- Subvention: 155 000 F
- Prêt de la Caisse Régionale de Crédit Agricole: 1 118 541 F

La gestion de ces réseaux est assurée par une société dite Sica-Sports, société de services dépendant du Syndicat Intercommunal du Queyras auquel a été fait l’apport de toutes les installations communales et qui gère aussi un réseau de 40 engins de remontée mécanique, totalisant un dénivelé de 8 446 mètres.

De ce fait le réseau du Syndicat Intercommunal de Queyras est devenu le deuxième pour l’ensemble de la France.

L’exploitation de cet ensemble intercommunal enregistre, chaque année, de nouveaux progrès. Elle est passée d’une recette de 1 017 555 F en 1970 à 6 849 405 F en 1980 avec des accroissements annuels dépassant souvent 20 % et parfois 30 %. Elle n’a jamais été en déficit. Il est désormais possible de procéder, chaque année à des investissements après le paiement de la totalité des annuités des emprunts. L’état d’entretien du matériel et l’état de la trésorerie sont également satisfaisants.

On trouvera en annexe des tableaux résumant l’état d’exploitation de ce réseau de remontée mécanique depuis l’origine ainsi que l’état d’exploitation spécial à la commune de Ceillac.

Ces résultats sont dus à l’efficacité et au dévouement d’un personnel qui, pour l’ensemble de la région du Queyras atteint à présent une centaine d’agents dont 18 pour Ceillac et, avant tout à la compétence et à la rigueur du directeur de la SICA, Monsieur Alfred Moyrand et de ses adjoints directs Messieurs Jean Garcin et Jean Parsoud, qu’il convient de féliciter et de remercier pour les efforts accomplis et les résultats obtenus.

L’équipement sportif pour la saison d’été comporte essentiellement le balisage de sentiers de grande randonnée en liaison avec le Comité National des Sentiers de Grande Randonnée et l’Association de la Grande Traversée des Alpes.

Le territoire de la commune de Ceillac est traversée par l’itinéraire principal de la Grande Traversée des Alpes (G R 5) qui pénètre dans le Queyras au col des Ayes, au-dessus du hameau de Brunissard dépendant de la commune d’Arvieux, passe par Château-Queyras, pénètre sur le territoire de la commune au-dessus du Riou Vert, au col de Fromage, dessert le village et se poursuit par le Pied du Mélézet, le Passette, le lac Miroir et le lac Sainte-Anne pour quitter le territoire de la commune au col Girardin et se diriger vers Maurin, Fouillouse et Larche.

L’itinéraire du Tour du Queyras (G R 58) dessert également la commune de Ceillac qui est le point de départ privilégié de cet admirable circuit empruntant neuf étapes, chacune d’elles étant pourvue d’un gîte installé par l’Association de la Grande Traversée des Alpes. Cet itinéraire traverse le territoire de la commune depuis le col de Bramousse jusqu’au chef-lieu et, de là, par le hameau du Villard jusqu’au col des Estronques, vers Saint-Véran.

Le gîte d’étape de Ceillac de la Grande Traversée des Alpes (J.J. Fournier propriétaire) est un des plus vastes et des plus importants des Alpes. Il peut héberger jusqu’à 80 randonneurs. Il correspond avec les gîtes installés à Saint-Véran, au col Agnel, à l’Echalp, à Abriès, à Aiguilles, aux Fonts de Cervières, à Souliers, au col de Furfande et à Montbardon.

Pour la saison d’été, la municipalité a également installé deux courts de tennis qui sont intensément fréquentés et constituent une source de profit pour la commune. Ils ont été réalisés grâce à une subvention de 55 000 F et à un emprunt de 60 000 F auprès de la Caisse du Crédit Agricole, dont les annuités s’élevant à 7 554 F sont couvertes par l’exploitation qui, à titre indicatif, a réalisé pour la saison 1980 une recette de 15 960 F.

Cette situation favorable va permettre l’installation d’un golf miniature à proximité du tennis.

B LES AMÉNAGEMENTS D’HÉBERGEMENT

L’hébergement est assuré par :

1 Deux hôtels comportant chacun 28 chambres situé l’un au chef-lieu du village au départ du réseau d’engins mécaniques de Bramousse, l’autre au départ du réseau du Mélézet.

Ces hôtels ont été construits par leurs propriétaires qui en ont fabriqué eux-mêmes l’ameublement et qui les gèrent directement.

2. Différentes collectivités dont la principale est le village vacances de Vacances Promotions, propriété de la commune, géré par une Association qui groupe la Caisse d’Allocations Familiales de la Région parisienne, la Compagnie Nationale d’Aménagement de la Région du Bas-Rhône et du Languedoc, la Société de mise en valeur du Massif Central (SOMIVAL) et la Caisse Nationale de Crédit Agricole.

Ce village vacances a été financé pour 40 % par la Caisse des Allocations Familiales de la région parisienne et, dans une proportion égale par le Commissariat pour la Rénovation Rurale en Montagne. Les annuités de l’emprunt complémentaire souscrit par la commune sont prises en charge par l’Association gérante à titre de loyer.

Le village vacances comprend: 350 lits, une vaste salle à manger, un bar et des salles de réunion. La plus grande partie du personnel a été recrutée sur place, dont le directeur Monsieur Antonin Fournier.

Plusieurs autres collectivités participent à l’hébergement à Ceillac parmi lesquelles l’Institut Médico-Pédagogique de Provence au hameau de la Clapière (35 lits), l’Association Educative Ceillac – Avignon, à la rua de Reynauds (60 lits) et l’Association Léo Lagrange à l’Ochette (45 lits). Il faut aussi citer les classes de neige de la Maison du Roy qui viennent pratiquer le ski à Ceillac.

Le Comité d’Entreprise de la Caisse Régionale d’Assurance Maladie du Massif Central a participé au financement d’une partie de l’immeuble dit le Tioure destiné à d’autres collectivités implanté par la commune dans le quartier du Queyras (88 lits).

Des projets sont en cours d’élaboration pour d’autres collectivités.

3. L’hébergement est avant tout assuré par la Société d’Intérêt Collectif Agricole, dite Sica-Habitat dont l’initiative et l’activité ont permis le rapide développement de l’hébergement dans la commune.

Le principe de ce système original, qui n’avait jusqu’alors pas de précédent, est l’apport, par les propriétaires, de terrains sans grande valeur agricole en raison de leur situation, ou en eux-mêmes inconstructibles en raison de leur faible dimension. La SICA les réunit, procède à la construction d’appartements et de gîtes grâce à des prêts souscrits auprès de la Caisse Régionale de Crédit Agricole et dont les annuités sont payées par le produit des locations saisonnières. Les apporteurs se trouvent ainsi copropriétaires de constructions à usage de logements en contrepartie d’un apport minime; ils en bénéficieront, après règlement définitif des annuités des emprunts, dans une mesure proportionnelle à leurs apports originels.

La Sica-Habitat a implanté à Ceillac 3 immeubles dont elle assure la gestion locative :

- Le Cheynet (199 lits); le Cristillan (64 lits), le Cheynet II (120 lits) et elle procède à des locations saisonnières dans des immeubles appartenant en toute propriété à des tiers. Elle gère au total plus de 400 lits.

Après quelques difficultés de démarrage inévitables pour une entreprise aussi nouvelle, la gestion de la SICA est désormais largement équilibrée et valorise considérablement le capital immobilier ainsi ingénieusement constitué.

4. La construction par la commune d’un ensemble immobilier dit la Font-Sancte comportant un centre commercial. L’hébergement est complété par l’implantation de chalets appartenant à des particuliers, en particulier par les acquéreurs des terrains du lotissement que la commune a créé dans le quartier dit du Queyras (32 lots).

5. L’organisation d’un camp dans la vallée du Mélézet comportant une faculté d’accueil de 200 places.

Le campement dit  » sauvage  » est libre dans la commune, sous réserve du respect de certaines disciplines de sauvegarde.

Au total, la commune de Ceillac offre à l’hébergement touristique un nombre de lits de l’ordre de 2 500 qui sont en presque totalité la propriété de la population.

Les ceillaquins et la commune sont propriétaires ou copropriétaires de la plupart des moyens d’hébergement existant dans le village, responsables par leur SICA et seuls bénéficiaires de leur exploitation.

II. L’AMÉNAGEMENT AGRICOLE

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L’activité agricole traditionnelle continue à s’exercer dans presque la totalité des familles de la commune en même temps que la nouvelle activité touristique.

La municipalité s’applique à encourager le maintien et le développement de l’activité agricole et de contribuer à son orientation en fonction de l’évolution économique, en dépit des difficultés qui s’accumulent pour l’agriculture de montagne.

L’élevage demeure la principale de ces orientations. En 1980, la commune comptait 99 têtes bovines dont 66 vaches laitières et un troupeau sédentaire d’environ 1 000 têtes de brebis mères.

La production du lait a tendance à décroître en raison de la situation géographique et des distances à parcourir pour le transport. La collecte en est effectuée par une association de fait, dans un bâtiment récemment modernisé par les soins de la municipalité. Il semble utile d’envisager la valorisation de la rémunération de la production laitière par la transformation du produit et la fabrication de fromage de garde destiné à la consommation sur place par les touristes. Une expérience est tentée dans ce sens à Arvieux, avec le concours du Syndicat Intercommunal et du parc du Queyras.

L’élevage ovin est peu encouragé par la stagnation du prix consécutif à l’admission de la Grande Bretagne au sein de la Communauté Economique Européenne. L’avenir de l’agriculture de montagne dépasse malheureusement les initiatives municipales qui ne peuvent qu’aider au maintien de cette activité et lui apporter, de son mieux, les moyens d’une modernisation progressive.

Les agriculteurs de Ceillac se sont spontanément équipés pour pouvoir concilier et compléter, dans une même famille, les activités agricoles avec les activités touristiques.

Alors qu’en 1965, il n’y avait qu’un tracteur dans la commune, on en compte à présent 25 desservant le matériel approprié (faucheuses, faneuses, botteleuses, etc …). Certains pourraient estimer que le nombre d’éléments de traction est démesuré par rapport au nombre des agriculteurs et au délai restreint dont ils disposent pour les utiliser dans les conditions climatiques propres à l’altitude. Il faut considérer que l’effet de cet équipement a un caractère social autant qu’économique, dans la mesure où il permet aux jeunes gens de continuer à apporter un concours saisonnier à l’activité agricole, en particulier pour la récolte des fourrages, en dehors de leurs autres occupations professionnelles et, en conséquence, d’exploiter une superficie territoriale aussi étendue que dans le passé. En 1980, la superficie fauchée l’a été jusqu’à plus de 2 000 mètres dans les deux vallées.

Pour apporter son aide au maintien et à la modernisation de l’agriculture, la municipalité a pris les initiatives suivantes

* Construction, au lieu-dit le Bois Noir, en 1970, d’une bergerie collective d’été pour abriter le troupeau communal, capable d’accueillir 3 000 bêtes.
Cette bergerie a été entièrement détruite par l’avalanche en 1978. La municipalité a obtenu les moyens nécessaires pour la reconstruire dans des conditions meilleures. La nouvelle bergerie, qui a pu être déjà utilisée dès l’été 1980, peut abriter 4 500 bêtes.

* Revêtement goudronné du chemin du Cristillan jusqu’au delà du dernier chemin desservant une superficie importante de prairies et d’alpages exploitables.
Le coût de ces aménagements s’est élevé à 1 300 000 F.

Il a été couvert par :

- une subvention du Commissariat à la Rénovation Rurale : 320 000 F
- une subvention de l’Établissement Public Régional : 180 000 F
- une subvention de l’Établissement Public Régional : 200 000 F
- une subvention du Département : 160 000 F
- un prêt du Crédit Agricole : 240 000 F
- les fonds? propres de la commune : 190 000 F

* Aménagement de la laiterie située dans le village. La partie des bâtiments destinée à la livraison et au traitement du lait a été rénovée dans des conditions à la fois plus pratiques et plus hygiéniques, les autres locaux étant aménagés en logements de fonction.

Le coût de l’opération a été de 195 000 F couverts par :

- une subvention de l’Établissement Public Régional : 50 000 F
- un emprunt de 75 000 F dont les annuités sont couvertes par la location des locaux d’habitation : 75 000 F
- les fonds propres de la commune : 70 000 F

* Equipement de l’irrigation par aspersion dans le quartier de l’Ochette. Cet équipement a été réalisé en deux tranches. La première, mise en oeuvre dès 1980, couvre la partie Est du périmètre. La deuxième, qui sera utilisable en 1981, couvrira la partie Ouest.

Le coût de l’opération est de 1 260 000 F couverts par :

- une subvention du Commissariat à la Rénovation rurale en montagne : 470 000 F
- une subvention de l’E.P.R. : 150 000 F
- un emprunt de 640 000 F dont les annuités sont prises en charge par le Conseil Général à raison de 75 % pendant les cinq premières années, 50 % pendant une nouvelle période de 5 années suivie d’une période de cinq ans bénéficiant d’un allègement de 25 %.

* Construction de cabanes et d’abris en montagne.

La municipalité a pris en charge la construction d’une nouvelle cabane de deux pièces au Bois Noir et la reconstruction de la cabane métallique au bord du lac de Clausis. Elle a pris la décision de construire une cabane nouvelle à la Lavine pour le berger du troupeau bovin.

La municipalité souhaite pouvoir, dans un proche avenir, regrouper le troupeau bovin pour assurer la traite en montagne. Elle souhaite qu’une meilleure organisation du marché européen permette d’accroître le troupeau ovin de la commune, auquel ont été réservés jusqu’à présent les pacages du secteur du Bois Noir.

Les autres pacages sont, en attendant, loués à des troupeaux transhumants, à savoir

- les pacages des prés Girardin et Sainte?Anne pour un troupeau de mille têtes et un loyer de 15 000 F indexé chaque année sur le cours moyen de vente de l’agneau vif ;
- les pacages des vallons d’Albert, de Beaubarnon et de Clausis pour un troupeau de 1 000 têtes et pour un loyer de 12 000 F également indexé.


III. LES SERVICES PUBLICS ET LES AMÉNAGEMENTS COMMUNS

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L’apport du tourisme saisonnier amène une petite commune comptant un peu plus de deux cents habitants sédentaires à en accueillir plusieurs milliers pendant quelques mois de l’année.

Il est donc nécessaire de calibrer tous les services publics (eau, assainissement, éclairage, voirie, téléphone, etc…) au niveau de la population maximum de pointe. Or, si le tourisme apporte des ressources importantes à la population sédentaire, elle n’en apporte aucune au budget communal en contrepartie des charges qu’elle lui impose. On a pu dire que, si le tourisme profite aux populations, il coûte à la commune. Il est donc nécessaire de procéder à cette amplification inévitable des services publics avec prudence, mais aussi avec une suffisante prévoyance pour qu’elle ne devienne pas d’autant plus onéreuse qu’elle est davantage différée.
1. L’ADDUCTION D’EAU

Dès 1966, la commune a dû procéder à l’implantation d’un nouveau réseau d’adduction d’eau. L’eau est désormais captée dans une source souterraine à l’altitude 1 820, au pied du hameau du Haut Mélézet et amenée au chef-lieu par une conduite d’une longueur de, 4,2 km, aboutissant à des réservoirs situés à la côte 1710 au-dessus du village, au Nord, ce qui lui confère une pression suffisante par voie naturelle.

Le coût de cette installation a été, à l’époque de 250 000 F.

Le financement en a été assuré :

- par une subvention de : 100 000 F
- par les prêts pour : 150 000 F

L’entretien permanent d’une conduite de cette longueur n’est pas facile et est nécessairement onéreuse mais il n’existe pas d’autre source assez abondante et permettant une distribution gravitaire.

Parallèlement, les réseaux de distribution ont été aménagés ainsi que des bornes à incendie. A l’occasion de la réalisation du lotissement le Queyras, l’adduction d’eau de la Clapière a été renforcée, permettant la mise en place d’un réseau de protection contre l’incendie. L’assainissement de ce hameau a été réalisé simultanément.
2. ÉLECTRICITÉ ET ÉCLAIRAGE

La commune a été amenée à étendre le réseau électrique à l’ensemble du quartier de l’Ochette, puis au centre commercial et aux logements qui l’entourent et, plus récemment, au quartier dit du Queyras.

Cette extension a été effectuée à l’aide de matériel moderne, ce qui a fait apparaître une discrimination avec l’équipement désuet du vieux village et de la Clapière, choquante pour les visiteurs, et à laquelle la municipalité a entrepris de remédier.

La réfection de l’éclairage public à la Clapière a été couvert par un emprunt de 25.000 F.

La municipalité a établi un projet de modernisation de l’éclairage du chef-lieu en mettant à profit cette réfection pour remplacer les lignes aériennes électriques et téléphoniques par des lignes souterraines ou appliques sur la façade des immeubles.

Ce projet comporte quatre tranches :

La première a pu être réalisée par le concours financier de l’Électricité de France qui a, de plus, procédé gratuitement à l’illumination du clocher de l’église Saint?Sébastien.

La deuxième a été réalisée par la commune dans les conditions suivantes :

- coût de la 2e tranche : 130 000 F
- subvention de : 100 000 F
- fonds propres : 30 000 F

En 1980 la municipalité a décidé d’accomplir un effort pour la mise en oeuvre des deux autres tranches afin de faire cesser une inégalité de traitement entre les différents quartiers du village. Cette opération pourra s’effectuer en utilisant notamment le montant du remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, qui s’est élevée à une somme relativement importante en raison de l’ampleur des investissements réalisés pendant les années précédentes.

Coût total des deux dernières tranches : 700 000 F.

Financement :

- subvention attendue : 260 000 F
- fonds libres de la commune : 290 000 F
- emprunt : 150 000 F

En ce qui concerne l’alimentation en énergie électrique, dont la consommation s’est accrue dans l’ensemble du Queyras à la mesure de son développement touristique, l’Électricité de France a été amenée à décider le renforcement de l’approvisionnement par la construction d’une nouvelle ligne de 60 KW dont le coût est de l’ordre de dix millions de nouveaux francs.

3. LA VOIRIE

a) Voirie de l’agglomération

La création de nouveaux quartiers destinés à l’accueil des touristes a eu pour conséquence de tripler la longueur des voies de desserte de l’agglomération, aussi bien dans le quartier de l’Ochette que dans celui du centre commercial.

L’entretien de ce réseau pose des problèmes financiers difficiles. La municipalité à cependant décidé la réfection des chaussées du vieux village, de la Clapière et ode l’Ochette aussitôt après la fin des travaux de modernisation de l’éclairage.

Deux nouvelles voies ont été créées, l’une qui relie le quartier des Reynaud directement à la route départementale et l’autre qui contourne le village par le Nord afin de permettre de se rendre à l’Ochette sans emprunter la rue centrale du vieux village.

Le déneigement de cette voirie pose des problèmes financiers difficiles à résoudre dans les années pendant lesquelles les chutes de neige sont abondantes. Au cours de son discours prononcé à Vallouise, le 23 août 1977, sur la politique de la montagne, le Président de la République avait solennellement annoncé que le coût du déneigement des communes situées en haute altitude serait pris en charge par l’État. Cette promesse n’a jamais été respectée, pas plus d’ailleurs que la plupart des autres éléments de ce discours. La commune a dû supporter l’intégralité des charges de déneigement de la voirie communale.

Elle a cependant obtenu du Conseil Général d’être allégée en partie de cette charge, celui-ci ayant accepté le classement dans la voirie départementale de la nouvelle voie de desserte vers l’Ochette, en contournant le vieux village jusqu’à l’entrée du hameau de la Clapière, et, d’autre part, de la route d’accès jusqu’au pied du Mélézet où a été créé un emplacement de parc garage, prolongé ensuite par les soins de la Sica-Sports jusqu’au départ des téléskis de ce secteur.

b) Voirie rurale

Le revêtement du chemin de la vallée du Mélézet jusqu’aux près de Chaurionde a précédé celui du chemin du Cristillan.

Ce revêtement a pu être réalisé en 1980 grâce, notamment au concours de l’Etablissement Public Régional, et dans le cadre du programme général de reconstruction de la Bergerie du Bois Noir et de ses accès. A cette occasion, le chemin du Cristillan a été équipé de dalots et passage en sous-sol pour l’écoulement des eaux.

D’autre part, il a été procédé à la réfection et au renforcement des deux ponts situés de part et d’autre du défilé d’Entreroches.

4. ÉLIMINATION DES DÉCHETS

a) La municipalité a décidé d’installer un broyeur pour les déchets ménagers. En raison de la configuration des hautes vallées et de la direction des vents dominants, il n’a pas paru opportun de recourir au système de l’incinérateur.

Le broyeur permettra d’éliminer les déchets ménagers de la commune avec un volume de résidus facilement stockables.

Coût de l’opération : 1 400 000 F

Financement
- subventions : 1 000 000 F
- prêt : 400 000 F

b) l’élimination des déchets métalliques est désormais organisée.

Au cours de l’été 1971, le Syndicat Intercommunal a fait procéder à l’évacuation de quatre cents épaves automobiles dans la région du Queyras.

A la suite de cette opération; le département a organisé l’enlèvement régulier des déchets métalliques par les soins de l’administration de l’Équipement.

5. POSTE ET TÉLÉCOMMUNICATIONS

* Téléphone

La commune a bénéficié, depuis quelques années, de l’équipement automatique du téléphone. Alors qu’en 1965, il n’existait que 2 postes téléphoniques autres que la cabine publique, installée au café Favier, il y a présentement à Ceillac 80 abonnés au téléphone. Un relais a été établi sur un terrain acquis par la commune sur la rive droite du Cristillan.

* Poste

Un bureau de poste a été créé sous forme d’une agence postale installée dans les locaux du centre administratif aux côtés du bureau d’accueil et des services de la Sica-Sports et de la Sica-Habitat. La municipalité demande, avec insistance et persévérance, la transformation de cette agence en bureau de poste normal, ce que justifie l’abondance croissante de la fréquentation saisonnière. Jusqu’à présent, l’administration a refusé, avec la même persévérance, de lui donner satisfaction en s’obstinant à effectuer le calcul de la fréquentation moyenne sur l’ensemble de l’année, ce qui n’est ni raisonnable ni réaliste. De ce fait, la préposée ne reçoit de l’administration qu’une indemnité mensuelle dérisoire correspondant à deux heures de présence alors que, pour assurer un service satisfaisant au profit des touristes, il est bien évidemment nécessaire que le bureau demeure ouvert pendant toutes les heures ordinairement ouvrables au cours des saisons d’hiver et d’été.

Afin d’éviter des protestations légitimes de la clientèle touristique, la commune se trouve donc contrainte de prendre en charge le complément de rémunération de l’agent préposé au service, ce qui n’est pas à la gloire de l’administration.

* Télévision

La municipalité a pris l’initiative de faire installer un relais de télévision dans l’axe du réémetteur de Réotier afin de permettre à la plus grande partie des foyers de la commune de recevoir les émissions de la première et de la deuxième chaîne.

Elle souhaite qu’à cet arrangement provisoire soit substitué, le plus rapidement possible, un poste permettant de capter les trois chaînes en couleurs, en attendant la diffusion à partir du satellite.

IV. LES BÂTIMENTS PUBLICS ET LA SAUVEGARDE DES BÂTIMENTS ANCIENS

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* Mairie

A la suite du transfert de l’école communale dans un bâtiment neuf, la mairie a pu être réaménagée. Les services, qui étaient à l’étroit dans une pièce unique, ont été installés dans les locaux occupés autrefois par les instituteurs après aménagement et nettoyage. Ces locaux abritent désormais le bureau du maire, le secrétariat et les services du Bureau municipal de Tourisme.

Les anciennes salles de classes ont été aménagées, l’une en salle de réunion, l’autre en salle d’accueil abritant en particulier une bibliothèque. Les équipements sanitaires ont été modernisés.

La salle des délibérations du Conseil Municipal qui est aussi celle des mariages va pouvoir être à son tour, aménagée dans des conditions compatibles avec sa destination.

La municipalité envisage la création, dans le grenier du bâtiment, de studios destinés au logement de ses collaborateurs permanents ou temporaires.

* Ecole

En raison de la croissance de la fréquentation scolaire une nouvelle école a été édifiée dans le village sur la rive gauche du Cristillan.

Elle comporte, au rez-de-chaussée, deux salles de classe pour l’école primaire et l’école maternelle, avec vestiaire et installations sanitaires, et, au premier étage, deux logements attribués aux institutrices. Un espace assez vaste autour du bâtiment constitue la cour de récréations.

En cas d’intempéries, la récréation a lieu dans une salle polyvalente ajoutée au rez-de-chaussée, qui sert de préau aux enfants et de salle des fêtes pour la population (cérémonies, réceptions, séances de cinéma, conférences, bals, etc …). Ses dimensions sont de 11 mètres sur 13 mètres et elle est pourvue d’installations sanitaires et de vestiaires.

* Coût de l’école : 853 900 F

Financement :

- subvention Commissariat à la Rénovation en Montagne : 503 900 F
- subvention : 350 000 F

* Coût de la salle polyvalente : 324 000 F

Financement :

- subvention Secrétariat d’État Jeunesse et Sports : 259 000 F
- subvention du Département : 25 900 F
- fonds propres à la commune : 39 100 F

* Centre d’accueil et de tourisme

La municipalité a fait édifier, dans l’ensemble comprenant le centre commercial et les logements de la Font?Sancte, un centre administratif abritant la poste auxiliaire, l’École de Ski, la Sica-Sports, la Sica-Habitat et le Crédit Agricole. C’est le centre de services de la commune où on peut à la fois louer des locaux, acquérir des tickets de remontée mécanique, souscrire des leçons de ski, etc…

Le bâtiment a malheureusement été détruit par un incendie au mois de novembre 1979. Le sinistre ayant été convenablement couvert par les assurances, il a été procédé avec diligence à 14 reconstruction du bâtiment qui abrite les mêmes services. Il a, de plus, accueilli l’installation d’un cabinet médical.

* Eglises

Les deux églises de Ceillac, l’église de Saint-Sébastien située au centre du vieux village et l’église Sainte-Cécile située entre l’Ochette et le hameau de la Clapière, ont été classées monuments historiques par décision en date du 20 septembre 1972 pour Sainte-Cécile et en date du 2 mars 1979 pour Saint-Sébastien.

Les travaux de rénovation effectués dans l’église Sainte-Cécile ont concerné la réfection complète de la toiture reconstituée en bardeaux de mélèze et de la sacristie. Il reste à entreprendre le nettoyage des murs, la réfection de la chaire et de l’autel et le remplacement du plancher et de l’escalier.

Dans l’église Saint-Sébastien, il a été procédé, dès 1965, à la restauration complète d’une très belle fresque, désormais connue et reproduite dans différents ouvrages d’art et à la réfection partielle d’une peinture à la détrempe. Une fraction de fresque a pu également être dégagée sur le mur extérieur de l’église Sainte-Cécile.

La municipalité s’efforce d’être à même de pouvoir procéder à la réparation de la chapelle des Pénitents accolée à l’église Saint-Sébastien (toiture, consolidation d’un mur, nettoyage). Les plans en ont été établis par l’expert qualifié désigné par le Ministère des Affaires Culturelles.

Les subventions de ce Ministère ont été attribuées depuis deux ans mais la commune ne parvient pas à en obtenir le versement du fait de l’inertie de la direction régionale des Affaires Culturelles qui ne daigne même pas répondre aux réclamations de la commune, en dépit des interventions du Ministre compétent et du Premier Ministre. De ce fait la subvention ne correspond plus à l’augmentation du prix des travaux, ce qui porte à la commune un préjudice dont elle est décidée à demander la réparation, assortie des sanctions qui semblent s’imposer à l’égard de retards et négligences aussi inexcusables.

La commune a fait effectuer les travaux utiles pour mettre hors des atteintes du ruissellement des eaux le cimetière entourant l’église Sainte-Cécile. Elle a également procédé à la réparation du mur d’enceinte et des portes.

* Monuments et témoignages du passé

Avec le concours technique et financier du Parc régional du Queyras, il a été procédé à l’inventaire des différents monuments et témoignages du passé existant sur le territoire de la commune. Un programme de réfection a été établi. Il est exécuté avec ponctualité. Ont déjà été restaurées les chapelles du village, celles du haut Mélézet et du Pied du Mélézet, du hameau de la Riaille, du hameaux du Villard, des hameaux du Tioure et des Chalmettes.

Les chapelles rénovées dans ces derniers hameaux ont été malheureusement détruites ou endommagées par les avalanches de 1978. Celles du Villard et des Chalmettes ont été réparées ou rebâties dans les mêmes conditions et avec les mêmes matériaux que les monuments anciens. La chapelle Saint-Barthélémy du Tioure a malheureusement entièrement disparue. Il est envisagé de la reconstruire dans le cas où les propriétaires du hameau du Tioure décideraient de réédifier leurs chalets, à l’exemple de ce qui a été fait pour le hameau des Chalmettes.

La chapelle des Rameaux qui avait dû être sacrifiée au cours de la construction du quartier de l’Ochette a été reconstruite par Monsieur Pierre Grossan, à ses frais, sur un emplacement voisin.

La municipalité a entrepris, dans les mêmes conditions de coopération avec le parc du Queyras, la réparation des fontaines anciennes et le remplacement des lavoirs en ciment par des édifices en bois de style ancien.

* Monument aux Morts

Le monument aux morts établi à l’entrée du village, a été transféré sur la place centrale au bord du Cristillan. Il est constitué par un bloc de marbre issu de l’ancienne carrière du Cristillan, sur lequel ont été inscrits les noms des ceillaquins morts pour la patrie. La plaque de l’ancien monument portant les noms des morts au champ d’honneur a été rénovée et installée dans la salle de délibérations de la mairie.

* Restauration des hameaux d’alpage

Le Plan d’Occupation des Sols adopté par la commune ne permet la construction en dehors des agglomérations que sur l’emplacement des anciens bâtiments ruinés situés dans les hameaux d’alpage et dont l’inventaire a été établi en annexe à ce document d’urbanisme.

En application de cette mesure, les hameaux d’alpage ont pu être presque intégralement restaurés, dans la vallée du Mélézet (hameaux de la Chalp, Pied du Mélézet, Haut Mélézet, Riaille). Dans la vallée du CristilIan, il ne reste qu’une ruine au hameau du Villard. Le hameau des Chalmettes est reconstitué à l’exception d’une maison ; les hameaux de Rioufenc et du Bois Noir sont en voie de réfection. Malheureusement le hameau du Tioure demeure entièrement détruit.

L’ancien hameau du Rabinoux fait l’objet, après accord avec la municipalité, d’une réfection par une association alsacienne de jeunesse.

V. LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES ET DÉMOGRAPHIQUES

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A. LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

Le succès des activités touristiques s’ajoutant aux activités traditionnelles a eu des conséquences économiques considérables et favorables pour l’ensemble de l’économie locale.

1) L’agriculture, désormais bien équipée, a maintenu son activité. L’installation de l’irrigation sur les périmètres situés à proximité du village permet de substituer aux anciennes cultures destinées à la simple subsistance familiale (blé pour le four banal ; pommes de terre pour la consommation) et qu’il est plus facile d’acquérir désormais dans le commerce, des cultures intensives destinées à la nourriture hivernale du bétail (luzerne à plusieurs coupes, orge, trèfle, etc …).

L’amélioration des conditions de la traite doit permettre le maintien et le développement de l’élevage bovin ; l’élevage ovin doit trouver, sous condition d’une meilleure politique européenne, une nouvelle expansion.

La pratique de l’affouage s’est maintenue. Elle permet à la population autochtone de disposer de bois de chauffage et de bois d’œuvre pour le bâtiment. La municipalité a fait réserver les attributions de pin cembro à l’usage des artisans du bois.

2) L’industrie artisanale se développe favorablement avec des entreprises familiales de bâtiments et travaux publics et quatre charpentiers qui construisent une grande partie des nouveaux bâtiments et des chalets implantés sur le territoire de la commune.

L’artisanat du bois sculpté et des meubles compte trois entreprises dans la commune dont l’activité est alimentée par une clientèle importante, ainsi que plusieurs artisans individuels à temps partiel.

3) Les activités de service vont de la plomberie aux entreprises commerciales de tous ordres (boulangerie, deux épiceries, une boucherie, trois commerces de vêtements et articles de sport, une librairie, une laverie, une garderie d’enfants, etc …).

La restauration est assurée par les deux hôtels, par deux restaurants et un café tabac ouvert récemment dans la rue principale et qui assurera le service de la station de carburants.

Un médecin est désormais installé à demeure et la municipalité s’efforce, non sans rencontrer de grandes difficultés, d’obtenir qu’il puisse assurer un service d’urgence de pharmacie.

L’évolution économique de la commune se traduit par quelques chiffres caractéristiques :

- 70 voitures automobiles particulières au lieu de 4 qui s’ajoutaient aux véhicules de la famille assurant le service des transports publics en 1965 ;
- 80 postes téléphoniques au lieu des 3 postes existant à la même époque ; 25 tracteurs alors qu’il n’en existait qu’un à la même époque.

Presque tous les foyers possèdent un réfrigérateur, la télévision et d’autres équipements électroménagers.
B. LES CONSÉQUENCES DÉMOGRAPHIQUES

La population du village n’avait cessé de diminuer, dans des proportions considérables depuis le milieu du siècle dernier où elle atteignait le chiffre, d’ailleurs nettement excessif, de 931.

La rénovation économiques a entraîné la rénovation démographique non seulement par le nombre des habitants, mais aussi par le rajeunissement de la population.

Le nombre de mariages célébrés à Ceillac depuis 1965 s’élève à 48. Pour 22 de ces unions, la femme est d’origine extérieure à la commune et à la région.

Le nombre des enfants nés pendant la même période s’est élevé à 62.

Cette évolution a nécessité l’abandon du système .insatisfaisant de la classe unique groupant des enfants de 4 à 12 ans et, en conséquence, l’édification d’une nouvelle école, plus moderne, comportant des locaux plus vastes et plus hygiéniques, des lieux de récréations et de logements convenables pour les institutrices.

A l’heure actuelle, en 1981, la classe primaire est fréquentée par 16 élèves et la classe enfantine par 19.

Entre les deux recensements de 1962 et 1975, la population sédentaire est passée de 202 à 234 habitants soit un accroissement de 16 %.

VI. SAUVEGARDE DU MILIEU ET VIE CULTURELLE

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La municipalité a eu pour constant souci d’associer la rénovation économique et démographique de la commune avec la sauvegarde du milieu naturel et humain, dans le respect des traditions du passé.

A cette fin, un plan d’occupation des sols a été établi et approuvé par arrêté préfectoral en date du 10 mars 1977. Il comporte une discipline de l’implantation des constructions évitant la dispersion anarchique des bâtiments. Cependant la municipalité s’est attachée au respect des intérêts légitimes de chaque famille, en constituant des zones constructibles tenant compte de l’étendue et de la qualité de leur patrimoine immobilier.

En liaison avec le Parc naturel régional du Queyras, il a été constitué une assistance architecturale assurée par le représentant départemental des Affaires culturelles à l’avis duquel est subordonnée la délivrance des permis de construire. Un cahier des charges annexe au plan d’occupation des sols, réglemente les conditions de la construction: hauteur maximum ;distance par rapport à la voie publique et aux voisins; obligation d’un toit à deux pentes; forme des ouvertures ; couleurs extérieures ; etc…

Pour les lotissements l’administration impose un plan de masse général précisant les conditions d’implantation des différents bâtiments…

On a déjà indiqué les disciplines relatives aux constructions hors des agglomérations et, en particulier, dans les anciens hameaux d’alpage ainsi que l’œuvre entreprise pour la rénovation des monuments et témoignages du passé (églises, chapelles, ponts, fontaines, calvaires, etc …).

C’est dans cet esprit que se développe une vie culturelle de plus en plus ample, notamment sous l’impulsion de l’Association des Amis de Ceillac, que préside Monsieur Blès.

Cette Association, qui est très animée, organise chaque année des concerts qui, jusqu’à présent, ont eu lieu dans l’église Saint-Sébastien tandis que l’église Sainte-Cécile a abrité une exposition des ex-voto de la région. provençale.

L’Association, participe également à la préparation et à l’animation de la fête locale de Saint-Barthélémy qui comporte des attractions, des concours de boules, une retraite aux flambeaux et un bal sur la place publique.

L’intention de la municipalité est, en liaison avec l’Association des Amis de Ceillac, d’aménager, dès que les crédits de restauration auront été dégagés, un musée local dans l’ancienne chapelle des Pénitents. Une exposition a été organisée sur l’initiative du directeur du village Vacances Promotions qui est par ailleurs à l’origine de la création du ciné-club-club photo  » Lume don Tens « . Cette association est un élément fondamental de l’animation du village et de la station.

VII. LE BUDGET COMMUNAL

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Le budget communal a dû s’adapter à cette rapide évolution d’une commune située à une des plus hautes altitudes existant en Europe, et, naguère, encore à peu près inconnue.

Le budget de la commune qui, en 1965, s’élevait au total à 115 254 F est aujourd’hui de 3 100 000 F dont 1 123 702 F pour le budget de fonctionnement.

Pour le budget d’équipement, ces chiffres incluent la trésorerie des opérations en cours.

Les recettes de ce budget ne peuvent que très modestement être demandées à l’impôt local, en raison du nombre de familles composant la population sédentaire. Il ne pourrait avoir, en tout état de cause, qu’un rendement restreint, hors de proportion avec les besoins.
Pour l’exercice 1980 les recettes ont eu pour origine principale :

- La dotation globale de fonctionnement : 107 748 F

- La contribution du fonds d’action locale touristique : 284 907 F

- Le remboursement de la Taxe sur la valeur ajoutée : 68 000 F

- Le produit des ventes de coupes forestières, des locations de pacages, des bâtiments communaux et de location de la chasse : 170 000 F

Les dépenses de personnel sont réduites au minimum: un secrétaire de mairie à temps partiel; un garde champêtre, un agent communal à mi-temps, une aide maternelle à mi-temps et une secrétaire hôtesse pour le Bureau Municipal de Tourisme.

Les dépenses sont affectées avant tout à l’entretien des services publics et au paiement des annuités des emprunts contractés en vue des investissements décidés par la municipalité.

La situation financière de la commune est saine. Le budget de 1980 présente un excédent de la section de fonctionnement se montant à 100 048 F et un excédent de la section d’investissements se montant à 273 394 F.

VIII. BUREAU DE TOURISME

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Organisation de la fréquentation touristique

L’expérience de Ceillac a suscité, à l’origine, la sympathie de la presse, de la radio et de la télévision qui ont contribué d’une façon exemplaire à la promotion de la station. A cette période de curiosité a succédé un temps de désintéressement qui a conduit à l’expérience malheureuse du Bureau d’Accueil et de Tourisme de Ceillac créé pour faire connaître le village et promouvoir sa fréquentation. La commune a dû prendre en charge le service de la dette de cette association.

Pendant plusieurs années, le service location de la SICA et le village de vacances ont, seuls et sans contrepartie, assuré, avec les moyens limités qui sont les leurs, la recherche et l’accueil de la clientèle de la station. Le nombre croissant des stations, les besoins d’une clientèle toujours à la recherche de nouveautés, et les premiers signes sensibles de la crise économique que traverse le pays ont conduit la municipalité à mettre en place un bureau municipal du tourisme, chargé de diffuser la documentation et les renseignements sur le village et de participer à des opérations de promotion à l’extérieur.

Dans un souci d’équité il est apparu à la municipalité que les organismes ou les personnes dont l’activité est liée à la fréquentation touristique devaient être appelés à participer financièrement à la vie de ce bureau municipal du tourisme, dont le budget de la commune supporte les frais de fonctionnement (salaire, téléphone, timbres, bureau, etc …). Certes il eût été plus facile de faire payer à l’ensemble des contribuables la charge de ce service particulier en englobant la dépense au budget de la commune par la voie des impôts locaux. C’eut été inéquitable et peu moral : comment concevoir en effet que la profession agricole dont les contributions ont permis de faire face pendant de nombreuses années aux engagements financiers de la commune consécutifs à son équipement en vue de la fréquentation touristique, continue à assurer en partie la charge d’un service qui ne la concerne pas.

Le rôle recouvré en 1980 (dont les deux SICA et le village de vacances assurent la moitié du produit) couvre seulement la réalisation d’un dépliant en couleurs, tiré à 25 000 exemplaires, d’un dépliant d’itinéraires de randonnées en été et de deux panneaux de localisation des commerces et des services de la station. La mise en place et la vente de forfaits tout compris en janvier, dont le résultat, pour modeste qu’il soit, n’est pas à négliger, se traduit par une recette globale de 90 000 F pour la station (plus de 2 fois le produit du rôle).

Le bureau municipal du tourisme prendra en charge, dès l’été prochain, la location des terrains de tennis. Pendant l’été 1980, après avoir participé avec le village de vacances à la création d’une école d’escalade, il en a assuré la fréquentation comme il a pris en charge la vente des cartes de pêche.

Il s’efforcera de participer ou de s’associer à toutes les initiatives sportives, culturelles, artistiques, susceptibles de promouvoir la fréquentation de la station en été comme en hiver.

Le programme tracé à l’origine pour la rénovation de la commune de Ceillac et son développement économique en qualité de station-village a donc été réalisé avec succès.

L’harmonie entre les traditions séculaires de la population sédentaire et les coutumes de la population urbaine des touristes qui fréquentent le village est satisfaisante. Ceillac est demeuré un village rural, qui accueille amicalement une clientèle essentiellement familiale, à l’aise au sein de la population locale.

Cette évolution heureuse a profondément modifié les conditions économiques et démographiques de la commune. Elle s’est accomplie progressivement en maintenant une situation financière ordonnée et un taux d’endettement normal.

Les conditions sont réunies pour permettre aux nouvelles générations de poursuivre, sans inquiétude, et sans hésitation, l’œuvre entreprise et déjà largement menée à bien.

La municipalité s’efforcera, pendant la période où elle aura encore l’honneur d’être au service de la population de Ceillac, de maintenir ces conditions favorables, dans le souci de l’intérêt général de la commune de Ceillac et pour le bien de sa population.

ANNEXES

horc44

I. Tableau des résultats d’exploitation de la Sica-Sports pour l’ensemble du Queyras et pour Ceillac.

II. Tableau des investissements pour les engins de remontée mécanique de la Commune de Ceillac.

III. Tableau de l’évolution de la population du Queyras et de Ceillac.

IV. Tableau résumé des principaux investissements réalisés à Ceillac.

horc44

ANNEXE 1

Progression du chiffre d’affaires de la S.I.C.A. sports

CLOS AU

CHIFFRE D‘AFFAIRES

AUGMENTATION

%

30-06-70

1 017 555

-

-

30-06-71

1 187 906

+ 170 351 16,74

16,74

30-06-72

1 609 527

+ 421 621 35,49

35,49

30-06-73

1 696 132

+ 86 605 5,38

5,38

30-06-74

2 303 051

+ 606 919 35,78

35,78

30-06-75

2 593 608

+ 290 557 12,61

12,61

30-06-76

3 168 441

+ 574 833 22,16

22,16

30-06-77

3 859 265

+ 690 824 21,80

21,80

30-06-78

4 207 384

+ 348 120 9,02

9,02

30-06-79

5 301 926

+ 1 094 542 26,01

26,01

30-06-80

6 849 405

+ 1 547 479 29,00

29,00

Comparaison des recettes hors-taxes par section

COMMUNES

77/78

78/79

Différence

79/80

Diff./saison précéd.

Abriès

476 382

697 934

+ 221 552

902 800

+ 204 866

+ 29,35

Aiguilles

400 936

533 468

+ 132 532

731 041

+ 197 573

+ 37,04

Arvieux

597 251

695 821

+ 98 570

953 832

+ 258 011

+ 37,08

Ceillac

926 977

1 099 436

+ 172 459

1 251 705

+ 152 269

+ 13,85

Château-V.V

62 720

67 779

+ 5 059

81 921

+ 14 142

+ 20,86

Molines-St-Vé.

1 620 207

2 041 681

+ 421 474

2 739 139

+ 697 458

+ 34,16

Ristolas

122 909

165 805

+ 42 896

188 967

+ 23 162

+ 13,97

Domaine skiable alpin ~ station de Ceillac

PISTES

ALT. DÉPA.

ALT. ARRIV.

DÉNIVELÉE

LONGUEUR

DIFFICULTÉ

Les Fontinets

2 408

2 060

348

2 000

Rouge

Coste Belle

2 408

2 060

348

2 250

Bleue

La Douce

2 408

1 702

706

5 650

Rouge

Girardin

2 090

1 730

360

2 200

Noire

St-Claude

1780

1702

78

750

Verte

Les Gorges

1 780

1 702

78

750

Verte

La Cascade

1 740

1 705

35

450

Verte

Les Aiguillettes

2 251

2 010

241

1 500

Rouge

Bramousse

2 251

2 010

241

1 300

Rouge

Le Cheynet

2 014

1 685

329

1 950

Noire

Les Tourres

1 685

1 650

35

350

Verte

TOTAUX : Dénivelée 2799 m ~ Longueur 19 150 m

ANNEXE 2

Investissement des engins de remontée mécanique

MASSIF

INVESTISSEMENTS

Massif de Ste Anne

1968-1969

1.202.722 F

1979-1980

1.033.644 F

TOTAL

2.236.366 F

autofinancement

249.532 F

prêts

1.966.834 F

suventions

néant

oragnismes prêteurs

Caisse des dépôts ~ Crédit National ~ C.A.E.L.

Massif de Bramousse

1969-1970

1.208.541 F

1972

65.000 F

TOTAL

1.273.541 F

prêts

1.118.541 F

suventions

155.000 F

oragnismes prêteurs

Crédit Agricole

ANNEXE 3

Tableau de l’évolution de la population du Queyras et de Ceillac

COMMUNES

1831

1931

1968

1975

ABRIES

1838

414

195

249

AIGUILLES

938

314

249

285

ARVIEUX

961

554

412

324

CEILLAC

931

273

208

234

CHÂTEAU-VILLE-VIEILLE

1329

460

304

305

MOLINES-EN-QUEYRAS

1050

448

244

289

RISTOLAS

639

153

50

68

SAINT-VERAN

831

422

220

232

ANNEXE 4

PRINCIPAUX INVESTISSEMENTS RÉALISÉS PAR LA COMMUNE DEPUIS 1965

I. Aménagement touristique

  • 2 télésièges ; 6 téléskis : longueur totale 6 000 mètres ? Dénivelé 1 500 mètres

  • 120 km de sentiers balisés avec 9 gîtes d’étapes dans le Queyras.

  • Gîte d’étape à Ceillac : 80 lits

  • Nombre de lits créés à Ceillac : environ 2 500

Il. Aménagement agricole

  • Bergerie collective pour 4 500 bêtes

  • Modernisation de la laiterie

  • Goudronnage des chemins ruraux

  • Installation de l’irrigation par aspersion

  • Construction de 4 cabanes pastorales en montagne

III. Services publics

  • Adduction d’eau

  • Électricité – Éclairage des nouveaux quartiers

  • Aménagement de l’éclairage du village ancien

  • Extension du réseau de la voirie du chef-lieu

  • Réfection de la voirie rurale

  • Goudronnage des chemins du Mélézet et du Cristillan

  • Réfection des ponts sur le Cristillan

  • Création de parcs garages dans le village et au pied du Mélézet

  • Implantation d’un broyeur pour les déchets ménagers

  • Organisation de l’élimination des déchets métalliques

  • Installation du téléphone automatique

  • Création d’une agence postale

  • Implantation d’un poste relais de télévision

IV. Bâtiments publics et monuments et témoignages du passé

  • Aménagement de la mairie

  • Création d’un centre administratif d’accueil et de tourisme

  • Création d’une nouvelle école avec deux classes et deux logements

  • Construction d’une salle polyvalente

  • Classement des deux églises au titre des monuments historiques

  • Rénovation de l’église Sainte-Cécile et des fresques de l’église Saint-Sébastien

  • Rénovation de la chapelle des Pénitents

  • Aménagement du cimetière

  • Restauration des chapelles du village et des hameaux d’alpage

  • Érection d’un nouveau monument aux morts

horc44

 

 

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