Prospective agricole dans le Queyras

L’agriculture dans le Queyras : Dynamique d’évolution et place dans le développement local

Restitution de l’étude prospective Filières Territoires Compétitivité Durabilité (FTCD)

par Guillaume BENOIT (CGAAER)

Jeudi 17 janvier 2013

Contexte de l’étude

Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) du Ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire réalise actuellement une étude nationale intitulée « Filières et territoires » sur 16 territoires dont 3 de montagne : le Beaufortain, les Bauges et le Queyras.

Guillaume BENOIT, Ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts du CGAAER, est donc venu enquêter sur le Queyras en août 2011 avec l’appui d’une délégation, en se posant les questions : quelles sont les ressources sur le territoire et comment les valoriser ?

Avant de finaliser la synthèse de l’étude, Guillaume BENOIT a souhaité proposer aux acteurs du territoire du Queyras une restitution de l’étude sur le Queyras, comparé au Beaufortain et aux Bauges

Témoignages

La présentation a suscité un vif intérêt auprès des participants et a alimenté de nombreux échanges synthétisés ici.

Le Queyras, pays d’alpages

La transhumance inverse (comme pour l’apiculture) est une pratique qui se développe dans le Queyras : certains éleveurs envoient leurs troupeaux dans le Sud, notamment sur des zones DFCI. Cela peut être une solution pour ne pas manquer de foin, mais il convient d’être vigilant pour ne pas tendre vers une présence des troupeaux dans le Queyras limitée en été.

Augmenter le revenu des agriculteurs

L’agriculture du Queyras ne s’en sortira que si le revenu des agriculteurs s’améliore. Il est aujourd’hui trop bas pour donner envie à d’autres de s’installer au vu de la quantité et des conditions de travail propres à la montagne.

Ne pas attendre que la situation s’améliore de l’extérieur – Travailler le collectif

Le passage des fruitières à Nestlé a été une catastrophe pour le Queyras qui fait qu’aujourd’hui il ne reste que très peu d’agriculteurs. Pourquoi à ce moment-là n’y a-t-il pas eu une vraie coopérative ? Il faut aujourd’hui reprendre en main les outils de production et de transformation.

Alors que depuis le Moyen-âge le Queyras s’est toujours sorti de ses problèmes par le collectif, aujourd’hui il n’existe que peu de structures collectives ce qui ne facilite pas une vision partagée. Tout dépend aujourd’hui de la capacité du Queyras à se fédérer pour trouver des solutions.

Développer les productions végétales

Le Queyras a aussi un fort potentiel : les productions végétales (céréales, pommes de terre, petits fruits, …) sur lesquelles le Parc a travaillé et qui peuvent être valorisées grâce au tourisme. Pourtant les agriculteurs y croient peu. Les fruits et légumes sont aussi un atout pour le territoire. Pour le Queyras, c’est un potentiel à développer, notamment dans un contexte de réchauffement climatique.

 Réflexion globale producteurs – consommateurs – restaurateurs

En parallèle de la production, un travail doit être fait avec les restaurateurs et le reste de la société afin de faciliter l’approvisionnement et la logistique. [NB : cela a été expérimenté avec l’opération Queyras Terroir, et des démarches sont en cours comme la structuration inter-filières, le répertoire des productions etc]

Problème de masse critique

Aujourd’hui, avec 2400 habitants et 37 exploitations professionnelles, le Queyras fait face à un problème de masse critique pour arriver à enrayer la déprise. Comment ne passe-t-on pas sous le seuil critique ? Par exemple, l’abattoir de Guillestre, outil de proximité important, est déficitaire.

Il existe une stratégie globale de développement de l’agriculture au niveau du département. La logique portée par le syndicalisme agricole qui consiste à réfléchir à l’échelle du 05 (par ex en étant contre la lere coopérative de vente directe) nous a poussés vers Nestlé, c’est une erreur à ne pas reproduire.

Des AOP, telles le piment d’Espelette (Pays Basque) ont démarré tout petit et ont réussi, mais avec une exigence de qualité et une discipline collective.

De même, le succès de l’Aubrac, qui a cherché à se différencier de ce qui se fait en plaine, est parti au début avec 6-7 personnes.

Dans le Queyras, la SICA des Alpages de Fontantie et « le régal des bergers et des rois » pour le miel sont des exemples d’initiatives à poursuivre.

Le développement du Bleu du Queyras serait une piste collective à approfondir pour mieux valoriser le lait.

Intervention des communes

Si les communes ne prennent pas le problème au sérieux, demain il sera trop tard. Elles doivent notamment s’occuper des bâtiments d’élevage pour permettre leur transmission.

Relations Parc – agriculteurs

Dans les Bauges, l’élément fédérateur est la tome. Il existe une réelle synergie Parc/tome. C’est le Parc et la tome qui font les Bauges.

Dans le Queyras, le paradoxe est que Philippe Lamour a fait du Queyras un territoire à la pointe de l’aménagement et a créé le Parc mais il a aussi marginalisé l’agriculture en misant sur le tourisme. Il a ainsi supprimé le poste d’animateur du comité de développement agricole du Queyras, et à partir de ce moment le Parc et l’agriculture ont été opposés, jusqu’en 2006 par le travail sur les productions végétales.

Le rôle du Parc : alors que certains pensent que c’est aujourd’hui au Parc d’être animateur du monde agricole, d’autres ne le souhaitent pas car ce rôle qui serait attribué au Parc n’est pas reconnu par tous les acteurs du monde agricole. D’où l’importance du Groupe Agriculture Durable qui est co-animé par le Parc et la Chambre d’agriculture. Il a permis l’émergence de plusieurs projets comme la création d’un groupement d’employeurs et le GIE Alpages Queyras, et des actions en matière de foncier agricole comme les diagnostics sur les communes et les AFP élargies.

Le Parc aide les projets au démarrage (exemple GIE et Queyras Terroir), mais aujourd’hui il n’y a pas d’autres projets à soutenir, il y a un manque d’ambition.

Filière bio

Une meilleure valorisation permettrait d’avoir besoin de moins de surfaces, moins d’animaux. C’est possible en haute-montagne. Tout comme pour les coopératives face à Nestlé, si le territoire ne fait pas la démarche du bio aujourd’hui, demain il sera trop tard.

La bio est peut-être pour ceux qui ont de l’argent, il s’agit d’un marché de niche, et il ne faut pas se culpabiliser sur le prix. Il faut faire du produit haut de gamme de niche, sans chercher à satisfaire tous les clients.

Le prix peut en effet être élevé s’il y a la qualité derrière et des exigences. Aussi il ne faut pas partir du principe que les produits du Queyras sont systématiquement tous bons.

Valorisation de l’herbe

Le Queyras nourrissait 4 fois plus de bétail local avant. Aujourd’hui on exporte le bois et l’herbe des alpages engraisse essentiellement les bêtes transhumantes.

Valoriser l’herbe localement, c’est aussi améliorer le bilan carbone du territoire.

L’objectif est de limiter l’achat d’aliments qui pèse énormément sur les charges des exploitations et vient diminuer la marge retirée.

Ça ne bouge pas, on a besoin de concret

A la question de l’existence d’un schéma concerté des agriculteurs, est répondu le travail de site pilote d’agriculture durable en 2007, qui a donné les mêmes constats et a donné lieu à un programme d’action sur le Queyras, décliné ou accompagné par le Parc et la Chambre d’agriculture, mais qui ne semble pas suffisamment opérationnel.

Ça fait 50 ans qu’on a le même diagnostic mais la tendance est toujours la même. Le territoire a besoin de plus de concret.

Conclusion

Le GAD (Groupe Agriculture Durable) est le centre de réflexion pour l’agriculture du Queyras et doit nourrir toutes les structures du Queyras. Les élus doivent faire confiance aux agriculteurs, qui doivent être fiers et ne pas se laisser abattre. Cette restitution ouvre des voies. Le rapport de cette étude sera terminé avant cet été, et alors relayé par le Parc. Au GAD et autres structures de se l’approprier et d’envisager une suite à ce travail.

 

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